CPI - Les observations de l'équipe de Défense de Laurent Gbagbo sur

le mémoire remis par la Procureure

 

 

 

 

 

 
L'Association des Amis de Laurent GBAGBO
 
regroupe des personnes de toutes origines et sensibilités
souhaitant faire connaître la personnalité et l'oeuvre de Laurent GBAGBO
 

 

L'onde de choc qui a fait suite au dénouement violent de la crise postélectorale de 2010 en Côte d'Ivoire et le transfèrement tout aussi inattendu du Président Laurent GBAGBO à la Haye ont suscité une vague d'émotion qui s'est exprimée à travers de vives protestations en Côte d'Ivoire, en Afrique et quasiment partout dans le monde. Cela a donné lieu à des initiatives nombreuses et variées d'amis et d'associations patriotiques ou panafricaines.

Tous ceux qui se reconnaissent dans les idées et l'action de Laurent GBAGBO se sont organisés pour réclamer sa mise en liberté. Scandalisés par l'image sordide et volontairement haineuse véhiculée à son encontre, mais aussi par la négation éhontée et caricaturale des efforts inlassables qu'il a déployés pour maintenir la paix dans son pays dix années durant, ils ont décidé de mutualiser leur volonté d'agir pour faire découvrir ou redécouvrir l'homme, l'intellectuel et le dirigeant politique.

Cette volonté a donné naissance à l'Association des amis de Laurent GBAGBO. Elle se propose de sensibiliser l'opinion publique partout dans le monde sur le caractère injuste et infamant des accusations portées contre sa personne et de rétablir la réalité des faits sur son oeuvre, mais aussi sur son rôle, pour aboutir à sa réhabilitation par-delà sa libération.

Un examen, même rapide, de son action politique montre que rien n'a jamais été assez cher pour Laurent GBAGBO lorsqu'il s'est agi de faire triompher par la voie démocratique le respect de la pluralité des opinions dans son pays. De la même façon, rien n'a été trop cher à cet humaniste de conviction quand il s'est agi d'associer les Ivoiriens de toutes origines à la construction d'un destin national commun. Visionnaire dans une Afrique qu'il souhaite ne plus être, pour le monde, une simple variable d'ajustement politique et économique, il a proposé une intense coopération à l'échelle du continent pour intégrer les économies et accélérer l'émergence d'une identité africaine qui manque aujourd'hui.

L'Association, par la voix de son bureau, de son comité d'honneur et de l'ensemble de ses adhérents, agit pour que soit rétablie la vérité sur la personnalité et sur l'oeuvre de Laurent GBAGBO, fort éloignée de l'image qu'on a désespérément tenté d'imposer.

Au regard de ce qui précède, il est évident que la place de Laurent GBAGBO n'est pas à la Cour Pénale Internationale. Le maintenir en détention comme c'est actuellement le cas demeure le plus sûr moyen de faire obstacle à la réconciliation en Côte d'Ivoire. Celle-ci ne peut en effet se construire que sur la confiance mutuelle.

Laurent GBAGBO est sans doute la chance de la Côte d'Ivoire actuelle, mais aussi de l'Afrique. Pourquoi ? Parce qu'à l'évidence il semble être le seul anticonformiste qui croit à un apport typiquement africain dans ce monde qui s'interroge sur son futur.

Dès lors, atteindre nos objectifs, à savoir sa libération et sa réhabilitation, contribuera à défendre les idéaux de dignité humaine et de vérité.

 

Raphaël DAGBO
Président de l'Association des amis de Laurent GBAGBO

 

 
 

Adhérer à l'Association des Amis de Laurent Gbagbo

 
 
 
Côte d'Ivoire : la Françafrique, encore et toujours ?
Partie 1
(Par La Chaîne citoyenne - Guerre & Paix #3)

 

Emission en deux parties présentée par Olivier Mukuna et Raphaël Berland.

 

Invités :
- Bernard Houdin, ancien Conseiller de Laurent Gbagbo, auteur du livre "Les Ouattara, une imposture ivoirienne".
- François Mattéi, journaliste et écrivain, auteur d'un livre d'entretiens avec Laurent Gbagbo : "Pour la vérité et la justice".
- Charles Onana, journaliste et écrivain, auteur de "Côte d'Ivoire : le coup d'état".
 
La seconde partie est annoncée pour le 16 avril au soir.
 

 

 

Vidéo mise en ligne par Guerre & Paix le 11 avril 2018 ; durée : 1 h

 

 

 


Il y a 7 ans, le 11 avril 2011, c'est le jour où les peuples africains perdirent une de leurs batailles pour l'indépendance réelle et l'instauration d'une authentique démocratie.
 
C'est le jour où, au terme d'un long processus de déstabilisation de la Côte d'Ivoire, on assista à :
- l'assaut final mené contre la résidence officielle du Président Laurent Gbagbo par l'armée française venue à la rescousse des troupes d'Alassane Ouattara ;
- l'instauration d'un régime basé sur la répression de l'opposition (emprisonnements, exil contraint, entraves au droit de manifester, etc.) et la prise en main totale des institutions par un clan  ;
- l'éloignement durable de deux grands leaders, le Président Laurent Gbagbo et le ministre Charles Blé Goudé, remis aux mains de la CPI pour un procès interminable et totalement immérité.
 
"La souveraineté de la Côte d'Ivoire, c'est elle que je suis chargé de défendre, et elle, je ne la négocie pas", disait le Président Laurent Gbagbo dans son discours d'investiture le 4 décembre 2010.
Il ajoutait :
"Pour que notre souveraineté ne soit pas piétinée, n'appelons pas les autres à s'ingérer dans nos affaires !"
 
A la lumière de cette résolution, réécoutons la grande interview qu'il accorda par téléphone, quelques jours avant l'assaut de la résidence, à Vincent Hervouët, sur la chaîne française LCI.
Dans cet entretien, on voit Laurent Gbagbo, homme et responsable politique, résister aux pressions internationales visant à le pousser à se démettre de ses fonctions, alors que d'une part il a été déclaré vainqueur de l'élection présidentielle par le Conseil constitutionnel, que d'autre part celui qui veut arracher le pouvoir coûte que coûte, au mépris des vies humaines, est bien Alassane Ouattara.
 

 

 

Les conséquences du 11 avril 2011 sont immenses. Elles ont marqué profondément le peuple ivoirien dans sa chair et dans son esprit collectif, la cohésion sociale ayant été durablement mise à mal.
Nous assistons depuis plus de 6 ans au théâtre d'ombres d'un procès autour de deux personnalités très importantes pour le destin de leur pays et, plus largement, de l'Afrique, raison pour laquelle ceux qui sont attachés à la démocratie et à la liberté doivent oeuvrer à leur libération.
 
Continuons à écouter Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé sur les évènements qui les ont amenés, de façon totalement scandaleuse, devant cette cour pénale :
 
Déclaration de Laurent Gbagbo devant la Cour Pénale Internationale le 28 février 2013 :
ou
 
Déclaration de Charles Blé Goudé devant la Cour Pénale Internationale le 2 février 2016 :
 
 
 

 

 

 


Interview de Maître Habiba Touré par la radio allemande Deutsche Welle (4 avril 2018)

(Source : DW, 4 avril 2018)

 

Transcription de l'interview :
Où est-ce qu’on en est avec la demande de libération provisoire de Laurent Gbagbo ?
Pour l’instant, nous ne sommes pas au stade d’une demande de liberté provisoire. On est au stade d’analyser les éléments de preuves et de mémoire soumis par le bureau du procureur, Mme Bensouda, à la suite de la fin des témoignages de tous ses témoins. Dès lors, c’est plutôt ses documents que la Défense, actuellement, analyse en vue de présenter, à son tour, des observations. Voilà ce que je peux vous dire quant au niveau de la procédure.
 
Vous vous êtes basés sur quels éléments pour solliciter cette demande de liberté provisoire ?
Non ! Comme je vous l’ai indiqué, aujourd’hui on n’est pas au stade de la demande d’une remise en liberté provisoire. Maintenant, s’il doit y avoir une demande de mise en liberté provisoire, il est évident qu’elle sera fondée. Mais, comme au regard de l’actualité judiciaire sur le fait aussi que le bureau du procureur a fini de présenter tous ces témoins, donc une mise en liberté du président Laurent Gbagbo ne pourrait pas nuire ou gêner les témoins. On ne pourrait même pas faire de pression éventuelle sur des témoins vu qu’ils sont déjà tous passés. Donc, aujourd’hui, au regard de la durée de la procédure, du fait quand même que le président Laurent Gbagbo est présumé innocent et outre le fait que tous les témoins d’accusation sont passés, il revient maintenant aux témoins de la Défense de passer. Rien ne justifie de maintenir en détention le président Laurent Gbagbo. Donc il est évident qu’au regard de ces éléments, nous espérons, bien évidemment, que, par la suite, la mise en liberté provisoire puisse aboutir à la libération effective de Laurent Gbagbo.
 
L’année dernière, nos confrères de « Jeune Afrique » avaient laissé entendre dans l’une de leurs parutions que Laurent Gbagbo aurait choisi la Belgique pour vivre en cas de liberté provisoire ?
Je l’ai tu comme vous. Mais, bien évidemment, c’est une rumeur. Je ne sais pas trop sur quoi se fondent vos Confrères de "Jeune Afrique". Ce n’est qu’une rumeur. La question fondamentale qui se pose à la Défense, outre le fait de répliquer aux éléments de preuves de Mme le procureur, c’est surtout d’obtenir une demande de mise en liberté provisoire. Ce sont les arguments que je vous ai indiqués, et bien d’autres évidemment. Et, par la suite, la question du pays va se poser. Donc, à mon avis, j’estime que, pour nous, c’est une rumeur, ce n’est pas grand-chose. Mais, une rumeur journalistique.
 
Me Emmanuel Altit, qui est l’un de vos confrères et aussi un conseiller de Laurent Gbagbo, pense qu‘il y a du dilatoire dans le dossier de Laurent Gbagbo. Est-ce que vous pensez partager son point de vue ?
Écoutez, ça fait 7 ans que ça dure!
 
Peut être que c’est la procédure de la Cour pénale internationale qui est comme ça ?
Oui, mais, dans ce cas là, vous ne privez pas un homme de 7 ans de liberté, 7 ans de sa vie ? Ça fait 7 ans que ça dure. Je pense qu’il faut une certaine logique. Vous prenez tous les systèmes judiciaires des pays occidentaux, vous verrez qu‘une détention de 7 ans est anormalement longue. C‘est même contraire à la position de la Cour européenne des droits de l’Homme. On peut nous expliquer que la procédure est particulière à la Cpi, que les faits reprochés sont graves. Mais, certes, il demeure présumé innocent. Ça. Il ne faut pas l’oublier tout de même. Dès lors qu’une procédure est aussi longue, qu’il y ait des suspensions d’audiences motivées par le fait que la Cour n’a pas les moyens de poursuivre les audiences et qu’elle décide de la suspension des audiences pour reprendre, comment pouvez-vous justifier qu’on prive un homme de sa liberté, puisqu’on est dans les [chaînes] de la détention en faisant état de manque de moyen de la Cour ? Ce n’est pas normal. Ce n’est même pas un argument juridique. Évidemment qu’il y a du dilatoire. Il est manifeste et se fait au détriment de la liberté d’un homme qui est présumé innocent.
 
Jusqu’à présent les témoins, donc de la défense, vous disiez, ne sont pas passés à la barre. Vous espérez de les voir à la barre sous peu ?
Pour l’instant, comme je vous l’ai indiqué, c’est la première étape parce que le calendrier n’a pas encore été déterminé par la Cour. Aujourd’hui, ce que la Cour demande des parties, donc, des défenses du président Laurent Gbagbo et du ministre Charles Blé Goudé, c‘est de répliquer, de faire leurs observations encore une fois sur le mémoire du bureau du procureur. Ce n’est qu‘après au regard de ce que le bureau du procureur indique qu’une liste de témoins sera ou non soumise Et pour l’instant les défenses respectives analysent les éléments et répliqueront. Souffrez que pour l’instant, on ne puisse vous donner un peu plus d’éléments Mais en tout cas, ce qui est certain, on peut vous dire qu’aujourd’hui il y a des temps de phases de travail intense parce que les délais donnés sont assez courts.
 
Les témoins qui se sont succédé à la barre se sont quelquefois contredits. Pour vous, c’est la preuve qu’il s’agit là d’un procès politique ?
Ce n’est pas le fait que des témoins se contredisent qui montre que c’est un procès politique. Vous savez que, même dans les affaires de droit commun, des témoins peuvent se contredire. Donc ce n’est pas ça qui montre, pour moi, que c’est un procès politique. Ce qui montre malheureusement que c’est un procès politique, c’est l’attitude du procureur Ocampo à l’époque et du procureur Bensouda aujourd’hui. Le procureur Ocampo, vous avez dû, voir vous-mêmes, que vos confrères du journal « Mediapart » ont fait l’écho de tous les scandales qui affectent le procureur Ocampo. Du fait qu’il se soit finalement intéressé au cas du président Laurent Gbagbo, sollicitant même son maintien en détention alors qu’il n’était même pas saisi et que la Cour pénale internationale n’avait. même pas encore pris l’affaire. Donc, dès lors, on voit bien que l’attitude du procureur est une attitude parfaitement partisane, voire politique, dans la mesure où on prend attache avec l’adversaire du président Laurent Gbagbo qui a été installé au pouvoir et on lui demande de maintenir en détention le président Laurent Gbagbo. Détention dont la légalité se pose puisqu’au moment où il était détenu il n’était pas inculpé. Il n’était pas mis en examen. Donc, c’était une détention arbitraire. C’est ce qui nous fait dire que l’attitude du procureur est vraiment problématique.
Autre chose, on poursuit le président Laurent Gbagbo pour une crise postélectorale et sa procédure à lui concerne 300 victimes avec des ayants droit, C’est-à-dire, les héritiers de personnes décédées. On arrive à 600 victimes pour une crise qui a fait plus de 3000 morts officiellement avec une enquête concernant le président Laurent Gbagbo et des faits qui lui sont reprochés qui n’a duré qu’un mois avant l’émission de mandats d’arrêt. Et de l’autre côté, pour 7 ans de procédure et 7 ans d’enquête, on voit que le bureau du procureur n’a délivré aucun mandat d’arrêt, par exemple sur les massacres de Duékoué et ce qui est arrivé à Nahibly. Aucun mandat d’arrêt n’a été délivré. Le procureur sait très bien qu’il y a des milliers de gens qui ont tout perdu, ont été violés, massacrés, persécutés et qui sont aujourd’hui parqués dans des camps de réfugiés au Ghana et au Togo. Mais le bureau du procureur ne fait rien pour ces gens là qui réclament justice. Donc. .on voit bien c’est cette manière de se comporter qui met en évidence le caractère politique. Car, si on se soucie des victimes, de toutes les victimes, on ne fait pas de distinction. La Côte d’Ivoire a besoin de se réconcilier. Pour se réconcilier: il faut une vérité et cette vérité, c’est aussi prendre en considération toutes les victimes et pas avoir une vision manichéenne et accabler le président Laurent Gbagbo de 300 victimes directes pour lesquelles on a du mal à apporter des preuves de sa culpabilité; Alors que vous avez-des survivants. Vous avez des rapports d’Ong, des témoignages de gens qui vous parlent de ce qui s’est passé à Duékoué. C’est un génocide qui est intervenu, il est parfaitement scandaleux et irresponsable de la part de Mme la procureure de ne pas rendre justice à ces victimes.
 
Si je vous comprends bien, vous souhaitez que ceux qui sont impliqués dans les violences dans le camp Ouattara puissent également répondre de leurs actes ?
Je veux la justice pour toutes les victimes, et évidemment que ce soit pour le président Ouattara lui-même, qu’il s’agisse de M. Soro, des Comzones ou de toutes autres personnes suspectées et qui après avoir accompli de graves crimes contre l’humanité, doivent pouvoir répondre de leurs actes devant la Cour pénale internationale. Sinon, nous donnerons l’impression que cette Cour est là pour mettre à l’ombre de redoutables adversaires politiques et pas pour rendre justice aux victimes. Pour la paix en Côte d’Ivoire, pour la réconciliation, vous ne pouvez  pas faire comme s’il n’y avait pas des gens qui étaient parqués dans des camps de réfugiés dans toute la sous région. Vous ne pouvez pas faire comme si Duékoué, Bloléquin, Guitrozon n’avaient pas existé ? Ce n’est pas possible. Il faut rendre justice à toutes ces victimes. Le silence gardé par le bureau du procureur la rend coupable. C’est un silence coupable. Une inertie coupable parce qu’elle fait du mal aux victimes qui désespèrent de la justice et qui pourraient demain se faire justice elles-mêmes. Et ce moment-là sera gravissime pour la paix en Côte d’Ivoire, pour la stabilité du pays et même pour la cohésion nationale. C’est fondamental que la justice parle. (…) Si le procureur ne veut pas avoir l‘impression de faire plus de politique qu’autre chose, elle doit rendre justice. Et puis petite précision quand même, sous le président Laurent Gbagbo qu’on présente comme un vilain dictateur qui massacrait son peuple, il n’y a jamais eu de camp de réfugiés. il n’y a jamais eu de camp de réfugiés ivoiriens dans toute la sous-région.
 
Justement, vous parlez des réfugiés ivoiriens au Ghana, pensez-vous que les dossiers qui sont constitués sont crédibles ?
Quand vous avez été violé, massacré, quand vous avez perdu tout votre famille, des enfants, est-ce qu’on peut remettre en question leur crédibilité à moins de sombrer dans le négationnisme et nous dire que Duékoué n’a jamais existé, qu’il n’y a pas eu de massacre dans cette localité et que finalement les vidéos sont des inventions ? Donc, évidemment, ce sont des éléments crédibles. La seule existence de ces victimes, de ces rescapées, constitue des preuves crédibles qui témoignent des exactions "graves qui sont intervenues en Côte d’Ivoire. Et il ne faut pas les passer sous silence.
 
Me Habiba, il y a quelques mois,  certains chefs d’États africains ont initié une pétition pour exiger la libération de votre client Laurent Gbagbo. Où en est-on avec cette pétition ?
La pétition avait réuni des millions de personnes et c’était une très bonne chose. On a vu effectivement que le président Laurent Gbagbo était assez populaire sur le continent africain puisque ce qu’il vit est perçu comme une véritable injustice. Ce qui n’est pas faux. Il suffit de regarder le procès pour se rendre compte que c’est un petit peu aberrant ce qui lui est fait. Mais il n’en demeure pas moins qu’il y ait une procédure judiciaire qui n’effraie pas le président Laurent Gbagbo mais pour laquelle il demande une certaine équité et qu’on respecte sa présomption d’innocence.
 
Revenons sur l’affaire des Ivoiriens réfugiés au Ghana. Quand est-ce qu’ils vont déposer le dossier incriminant le régime actuel en place à Abidjan ?
Vous avez un peu plus de 1000 victimes qui ont rempli des dossiers qui ont été déposés auprès de la Cour pénale internationale en janvier 2016. Vous avez, ensuite, 3000 victimes qui ont également dénoncé des crimes et les exactions qu’elles ont subis, en octobre 2016 et en janvier 2017. Donc, ça fait en tout plus de 4000 victimes que Me Dadjé et moi-même, avons aidées pour qu’elles obtiennent justice en déposant leurs dossiers de dénonciation de crimes auprès de la Cour pénale internationale. Mon confrère, Me Dadjé était encore récemment au Ghana pour expliquer, informer ceux qui ont rempli les dossiers, mais également ceux qui n’en ont pas rempli la procédure de la Cpi et leur dire comment cela fonctionne. Et leur droit dans le cas où cette procédure devait être enclenchée. Et à cette occasion, il y a encore de milliers de victimes qui continuent de remplir des dossiers parce qu’elles toutes sont très attachées à l’idée d’être reconnues comme des victimes et que justice leur soit rendue.
 
Connaissant les modes de saisine de la Cpi, pensez-vous vraiment, Me Habiba Touré, que cette saisine pourrait prospérer ?
La Cour pénale internationale est instituée initialement sur l’idée qu‘on devait mettre fin à l’impunité et que justice devait être rendue aux victimes sans qu’on puisse prendre en considération le fait que les bourreaux soient des chefs d’État, des militaires, des hauts gradés de l’armée ou des chefs d’État en exercice ou pas. C’était ça le principe. Qu’est-ce qu’on constate dans le dossier ivoirien ? C’est que des milliers de victimes de 2002 réclament justice sans que justice ne leur soit rendue. Donc, il ne s’agit pas pour elles de se bercer d’illusions. Il s’agit que chacun assume ses responsabilités devant la justice et devant l’histoire. Elles vont continuer à dénoncer les crimes qu’elles ont subis, parce qu’elles y tiennent. Maintenant. Si Mme la procureure décide de ne rien faire après tout, c’est son droit. Mais, elle sera tenue pour responsable des graves exactions ou de la vengeance que pourraient vouloir les victimes d’aujourd’hui. Parce que celles d’aujourd’hui peuvent se transformer en bourreaux de demain. Vous savez, quand on désespère de la justice, on finit par se venger et ce n’est jamais bon pour l’unité nationale. Donc chacun doit être mis face à ses responsabilités et sortir de cette hypocrisie. Si Mme le procureur estime qu’elle lutte pour les victimes comme elle le prétend et qu’elle veut rendre justice aux victimes, dans ce cas, elle engagera des poursuites. Si elle ne le fait pas, tout le monde ne le fait pas, tout le monde pourra constater l’inertie et donc finalement une complicité passive du bureau du procureur dans le dossier ivoirien.
 
Et où est-ce qu’on en est avec le dossier de Charles Blé Goudé ?
Il en est au même niveau que celui du président Gbagbo. C’est-à-dire que les deux défenses analysent en ce moment le mémoire présenté et les annexes présentées par l’Accusation, et elles feront toutes les deux des observations.
 
Et à quand la prochaine comparution de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé ?
On n’a pas encore de date. Pour l’instant, on est au stade d’analyse, et par la suite, du dépôt des observations.
 
Peut-être avant la fin de l’année 2018 ?
C’est fort possible.
 

Transcription par Marcel Desogno

(Source : Le Temps infos, 6 avril 2018)
 
 

 

 

 


Dans la continuité de la conférence de presse qu'il avait tenue le 6 février 2018 sur les Droits de l'Homme en Côte d'Ivoire, Michel Larive, député de La France Insoumise (Ariège), a interpellé le 27 mars le Gouvernement sur sa position concernant la situation politique en Côte d'Ivoire, dans le cadre des sujets ayant trait à la politique extérieure de la France.
 
Question écrite n° 6910 publiée dans le Journal Officiel [Débats parlementaires, Questions-Réponses] du 27 mars 2018, p. 2492 :
 
Politique extérieure
Situation politique en Côte d'Ivoire
 
6910. - 27 mars 2018. - M. Michel Larive attire l'attention de M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères sur la situation politique ivoirienne. La situation en Côte d’Ivoire, d’où il revient, est marquée depuis 2011 par une fracture de la société entre les vainqueurs et les vaincus, avec toutes les atteintes au respect des droits de l’Homme qu’elle a engendré. Selon les témoignages qu’il a recueillis, les opposants à M. Ouattara et leurs familles sont persécutés. Six ans après le changement de régime, près de 200 prisonniers politiques sont détenus dans des conditions avilissantes. Ils sont incarcérés dans une promiscuité insupportable. Plus de la moitié d’entre eux sont détenus, sans jugement. Selon ces témoignages, tortures et mauvais traitements sont monnaie courante dans les geôles de la Dst. En découlent des conséquences dramatiques : aux maladies s’ajoutent les morts, 7 en prison et 5 juste après des « libérations » précipitées. Ces faits lui ont été rapportés par les femmes et les enfants de prisonniers. C’est ainsi que la famille de l’ancien Président Laurent Gbagbo est régulièrement persécutée. Son épouse, très affaiblie, a été condamnée à une lourde peine de prison par une justice aux ordres. Son fils, Michel Gbagbo, a subi une pénible peine de prison à cause de son seul patronyme. Il est né à Lyon, il est donc ressortissant français. Mais il ne peut pas revenir en France, pour répondre à la convocation de juges français, parce que le gouvernement ivoirien lui interdit de quitter la Côte d’Ivoire. Laurent Gbagbo en est à sa septième année de détention. 82 témoins présentés par l’accusation n’ont pas suffi à certifier les charges qui pesaient contre lui. Les magistrats de la Cour pénale internationale ont enjoint au procureur d’abandonner ou de requalifier les charges contre l’ancien président ivoirien. La France est un partenaire privilégié de la Côte d’Ivoire. C’est pourquoi il voudrait connaître la position du Gouvernement sur la situation politique et sociale ivoirienne, et sur la cohérence de l’incarcération de M. Gbagbo, au regard de la faiblesse des charges reconnues contre lui.
 
 

Côte d'Ivoire : Ouattara réprime et verrouille
 
Déclaration  de la Commission Afrique du Parti de Gauche
 
La coalition Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS), avait appelé à une manifestation pacifique pour demander la réforme de la Commission électorale indépendante (CEI) ; les autorités l’ont dispersée violemment. Plus de 40 personnes, dont Jean Gervais Tcheidé, vice-président du Front patriotique ivoirien (FPI, opposition) et Oula Anselme du même parti, ont été arrêtées. Dans la soirée, une partie des manifestants a été libérée, cependant 18 personnes demeurent encore en détention. La manifestation n’avait pas été autorisée, nonobstant les discussions entre l’opposition et les autorités pour décider de son itinéraire. Ce n’est que la veille, assez tard dans la soirée, que l’interdiction a été communiquée.
 
C’est la composition de la Commission électorale indépendante (CEI) qui est dans le collimateur des opposants à Alassane Ouattara et il n’existe plus de consensus autour de la formation de cette instance déséquilibrée. Sur les dix-sept personnes qui composent cette instance, quatre représentent des membres du gouvernement – dont le président de la République – et quatre autres le parti au pouvoir. Et comme les quatre membres supposés représenter l’opposition ne sont pas reconnus par elle, les autorités emportent mécaniquement la majorité. Ouattara  a une volonté manifeste de tout verrouiller. Cette commission est tout entière au service de l’exécutif. Aucune élection juste et crédible ne peut se tenir dans ces conditions.
 
Ajoutons à cela le fait que président de la CEI, Youssouf Bakayoko, en place depuis plus de six ans alors que la loi l’interdit formellement est celui qui est à la base de la crise de 2010 en ayant annoncé les résultats proclamant Ouattara vainqueur de la présidentielle depuis son QG et hors du temps imparti à la commission électorale.
 
Les pressions internationales se sont pourtant intensifiées depuis la dernière élection présidentielle en 2015. Dans un arrêt daté du 18 novembre 2016, la Cour africaine des droits de l’Homme a ainsi estimé que « l’organe électoral ivoirien ne présente pas les garanties d’indépendance et d’impartialité ». Récemment, les représentants de plusieurs partenaires internationaux, dont l’Union européenne, la Belgique et les États-Unis, ont fait part de leur préoccupation. Mais rien n’y fait.
 
Ces manœuvres visant à mettre sous contrôle du régime le processus électoral, sont-elles les préparatifs d’une future présidentielle truquée ou d’un troisième mandat  illégal ?
 
Dans l’immédiat, l’élection de sénateurs ressemble à une pantomime dénuée de sens, sauf à considérer l’intérêt qu’a Ouattara à fidéliser sa clientèle en créant ce Sénat inutile et budgétivore.  Un tiers des sénateurs est en effet choisi directement par le président, les deux autres tiers par un collège de grands électeurs, acquis à la coalition au pouvoir. Le résultat de l’élection n’est donc pas surprenant : la coalition au pouvoir Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) remporte 50 des 66 sièges en jeu aux premières sénatoriales de Côte d’Ivoire, en l’absence de l’opposition qui boycottait le scrutin. Cependant, la surprise est venue de Bouaké, fief de la rébellion qui soutenait Ouattara, et de Yamoussoukro, la capitale administrative, patrie de l’ancien président Félix Houphouët-Boigny dont le RHDP se réclame. Dans les deux cas hautement symboliques, le RHDP y a été battu par la liste des indépendants, les ADOrateurs de la première heure sont aussi les premiers à lui signifier son inanité.
 
Le Parti de Gauche dénonce les restrictions systématiques au droit à la manifestation pacifique, droit garanti par la constitution ivoirienne, car elles montrent la détermination des autorités à réduire au silence toute voix dissidente.
Le Parti de Gauche soutient le peuple ivoirien dans sa volonté de défendre la démocratie contre un régime qui révèle au grand jour sa vraie nature.
 
Le Parti de Gauche proteste contre le maintien en détention des 18 personnes arrêtées le 22 mars, pour avoir simplement participé à une manifestation pacifique et exige leur libération.
 
Pierre Boutry