Maître Habiba Touré

Communiqué de presse du 12/10/2017

 

 

 

 

 

 
L'Association des Amis de Laurent GBAGBO
 
regroupe des personnes de toutes origines et sensibilités
souhaitant faire connaître la personnalité et l'oeuvre de Laurent GBAGBO
 

 

L'onde de choc qui a fait suite au dénouement violent de la crise postélectorale de 2010 en Côte d'Ivoire et le transfèrement tout aussi inattendu du Président Laurent GBAGBO à la Haye ont suscité une vague d'émotion qui s'est exprimée à travers de vives protestations en Côte d'Ivoire, en Afrique et quasiment partout dans le monde. Cela a donné lieu à des initiatives nombreuses et variées d'amis et d'associations patriotiques ou panafricaines.

Tous ceux qui se reconnaissent dans les idées et l'action de Laurent GBAGBO se sont organisés pour réclamer sa mise en liberté. Scandalisés par l'image sordide et volontairement haineuse véhiculée à son encontre, mais aussi par la négation éhontée et caricaturale des efforts inlassables qu'il a déployés pour maintenir la paix dans son pays dix années durant, ils ont décidé de mutualiser leur volonté d'agir pour faire découvrir ou redécouvrir l'homme, l'intellectuel et le dirigeant politique.

Cette volonté a donné naissance à l'Association des amis de Laurent GBAGBO. Elle se propose de sensibiliser l'opinion publique partout dans le monde sur le caractère injuste et infamant des accusations portées contre sa personne et de rétablir la réalité des faits sur son oeuvre, mais aussi sur son rôle, pour aboutir à sa réhabilitation par-delà sa libération.

Un examen, même rapide, de son action politique montre que rien n'a jamais été assez cher pour Laurent GBAGBO lorsqu'il s'est agi de faire triompher par la voie démocratique le respect de la pluralité des opinions dans son pays. De la même façon, rien n'a été trop cher à cet humaniste de conviction quand il s'est agi d'associer les Ivoiriens de toutes origines à la construction d'un destin national commun. Visionnaire dans une Afrique qu'il souhaite ne plus être, pour le monde, une simple variable d'ajustement politique et économique, il a proposé une intense coopération à l'échelle du continent pour intégrer les économies et accélérer l'émergence d'une identité africaine qui manque aujourd'hui.

L'Association, par la voix de son bureau, de son comité d'honneur et de l'ensemble de ses adhérents, agit pour que soit rétablie la vérité sur la personnalité et sur l'oeuvre de Laurent GBAGBO, fort éloignée de l'image qu'on a désespérément tenté d'imposer.

Au regard de ce qui précède, il est évident que la place de Laurent GBAGBO n'est pas à la Cour Pénale Internationale. Le maintenir en détention comme c'est actuellement le cas demeure le plus sûr moyen de faire obstacle à la réconciliation en Côte d'Ivoire. Celle-ci ne peut en effet se construire que sur la confiance mutuelle.

Laurent GBAGBO est sans doute la chance de la Côte d'Ivoire actuelle, mais aussi de l'Afrique. Pourquoi ? Parce qu'à l'évidence il semble être le seul anticonformiste qui croit à un apport typiquement africain dans ce monde qui s'interroge sur son futur.

Dès lors, atteindre nos objectifs, à savoir sa libération et sa réhabilitation, contribuera à défendre les idéaux de dignité humaine et de vérité.

 

Raphaël DAGBO
Président de l'Association des amis de Laurent GBAGBO

 

 
 

Adhérer à l'Association des Amis de Laurent Gbagbo

 
 
 

Les secrets de la Cour : dossiers publiés par Médiapart

Plus de 40 000 documents confidentiels obtenus par le journal en ligne Mediapart et analysés par l’European Investigative Collaborations, jettent une lumière crue sur les pratiques de la CPI.
A partir de ces informations, trois dossiers ont été publiés le 29 septembre 2017.
Les articles et dossiers de Médiapart sont accessibles dans leur version complète sur abonnement.
 
- "Les secrets de la Cour" : une semaine de révélations, par Fabrice Arfi et Stéphanie Maupas
Extraits :
C'est l’histoire d’un procureur qui rêvait de changer le monde. Pendant neuf ans, Luis Moreno Ocampo a été le visage de la Cour pénale internationale (CPI). Née dans le sillage du tribunal de Nuremberg, la CPI devait mettre fin à l’impunité des criminels de masse, auteurs de génocide, de crimes contre l’humanité et crimes de guerre.
(...)
Premier procureur de la CPI, Luis Moreno Ocampo en a bâti les fondements. Mais au lieu de bétonner des dossiers solides, d’obtenir des condamnations, il s’est vu tel un ministre des affaires étrangères global, parti en croisade contre ceux qu’il aura lui-même placés dans les forces du mal. En substance, les ennemis de ses propres amis.
(...)
Pendant six mois, huit médias membres de l’European Investigative Collaborations (EIC) ont analysé plus de 40 000 documents obtenus par Mediapart, des notes et télégrammes diplomatiques, des mémos internes, des correspondances, des documents bancaires. Il s’agit de la plus grande fuite de documents concernant la justice internationale. Et ils sont accablants.
Les Secrets de la Cour montrent comment l’ex-procureur Ocampo a investi dans les pires paradis fiscaux de la planète, nui à la confidentialité des dossiers, usé de l’institution publique internationale comme d’une propriété privée ; comment, après son départ de La Haye, il a interféré dans les dossiers de celle qui lui a succédé, Fatou Bensouda, et sombré dans des conflits d’intérêts au mépris de sa mission passée et d’une certaine idée de justice.
(...)
À l’époque de la crise post-électorale de 2010 et 2011 en Côte d’Ivoire, le procureur s’est prêté aux manœuvres des dirigeants français visant à écarter Laurent Gbagbo de la scène politique ivoirienne, quitte à monter un dossier sans base légale.
(...)
 
- Le business du crime de guerre, par Stéphanie Maupas et Hanneke Chin-A-Fo (NRC)
Un ancien procureur de la Cour pénale internationale qui défend les intérêts d’un homme d'affaires milliardaire, soutien de potentiels criminels de guerre ? C’est l’exploit réalisé en 2015 par Luis Moreno Ocampo sur fond d’après-guerre en Libye. Moyennant 750 000 dollars.
 
- Ocampo : "Mon salaire n'était pas suffisant", par Fabrice Arfi et Sven Becker (DER SPIEGEL)
Extraits :
Depuis son bureau de la Cour pénale internationale (CPI), le procureur Luis Moreno Ocampo gérait plusieurs sociétés implantées dans les pires paradis fiscaux du monde, selon des documents obtenus par Mediapart et analysés par l'EIC. L'ancien magistrat star parle de « choses privées ».
(...)
La question se pose donc aujourd’hui pour Ocampo, visage le plus connu de la CPI : pourquoi le procureur a-t-il caché ses sociétés dans les paradis fiscaux du monde ? Et d’où venait l’argent ?
Des places financières comme le Panama et les îles Vierges britanniques figurent en effet parmi les endroits les plus sûrs de la planète pour dissimuler de l’argent occulte et/ou ne pas payer d’impôt. Les autorités de ces deux pays sont connues pour garder le secret sur l’identité réelle des bénéficiaires économiques des sociétés qui y sont domiciliées et pour être très réticentes à partager des informations (financières ou judiciaires) avec d’autres États. Des trous noirs, en somme.
Le pire est probablement qu’Ocampo ne peut pas l’ignorer pour lui-même. Avant d’avoir été nommé en 2003 procureur en chef de la CPI, il s’était fait une solide réputation de militant anti-corruption, d’abord en tant que magistrat en Argentine, puis comme président de l’ONG Transparency International en Amérique latine.
(...)
Interrogé le 25 septembre par l’EIC sur ses multiples sociétés, à l’occasion d’un déplacement à Londres, Luis Moreno Ocampo a d’abord déclaré : « Je ne crois pas que cela soit vos affaires [...] Ce sont des choses privées. » Avant de s’enferrer dans des explications aussi étonnantes que confuses. « Pendant mon mandat [à la CPI], mon salaire n’était pas suffisant », a-t-il notamment assuré. Pour mémoire, le procureur de la CPI touchait 150 000 euros net/an, non imposables.
(...)
 
La source : l'European Investigative Collaborations (EIC)
"L’opération journalistique Les Secrets de la Cour est le fruit de six mois d’enquête, menée par huit médias internationaux membres de l’European Investigative Collaborations (EIC).
Outre Mediapart, l’opération Les Secrets de la Cour rassemble Der Spiegel (Allemagne), NRC Handelsblad (Pays-Bas), The Sunday Times (Royaume-Uni), El Mundo (Espagne), Le Soir (Belgique), ANCIR (Afrique du Sud), Nacional (Serbie) et The Black Sea, un média en ligne créé par le Centre roumain pour le journalisme d’investigation, qui couvre l’Europe de l’Est et l’Asie centrale."

 

Fatou Bensouda (à dr.), l'actuelle procureure de la CPI,

avec son prédécesseur Luis Moreno Ocampo, le 15 juin 2012. © Reuters

 

 

 

 

Le réexamen de la demande de mise en liberté provisoire du Président Laurent Gbagbo auquel a dû se livrer la Chambre de Première Instance, à la demande de la Chambre d'Appel, n'a malheureusement pas fait avancer la situation. Car les résultats des délibérations du 25 septembre 2017 sont identiques aux précédentes : toujours le refus, sous le même prétexte, à savoir que le Président Gbagbo pourrait chercher à s'enfuir !
 
Cependant, compte tenu du nombre d'années de détention provisoire déjà effectuées par Laurent Gbagbo et de la durée annoncée pour ce procès, la CPI sait pertinemment qu'elle est en face d'un grave problème ; d'autant que l'absence de preuves apparue au fil des témoignages de l'accusation met en évidence le caractère injuste de la détention prolongée d'une personne présumée innocente.
 
Dans cette bataille menée par une CPI instrumentalisée pour maintenir Laurent Gbagbo le plus longtemps possible éloigné de la vie civile, la Chambre a voté, comme la fois précédente, à la majorité de 2 contre 1, le rejet de la liberté provisoire.

 

Consulter le texte de la décision (PDF) :
La déclaration de désaccord du Juge-Président de la Chambre, M. Cuno Tarfusser :

 

Pour rappel, la CPI avait refusé par la Décision du 29 octobre 2014 au Président Gbagbo l'autorisation d'assister aux obsèques de sa mère décédée le 15 octobre de la même année.

 

 

 


Contribution d'Edmond Kouakou

 

Liberté provisoire du Président Laurent Gbagbo : le dernier argument de l'accusation mis à l'épreuve

 

Le 28 août 2017, le procès du président Laurent Gbagbo et du Ministre Charles Blé Goudé a repris à la Cour pénale internationale (Cpi). Mais auparavant deux évènements importants sont intervenus dans le déroulement de la procédure visant la liberté provisoire du président Laurent Gbagbo. Ils pourraient, à terme, modifier les données de cette affaire au niveau de l’instance criminelle.

 

 
Le 10 mars 2017, la Chambre de première instance 1 de la Cpi rendait la onzième décision de refus de la liberté provisoire au président Laurent Gbagbo. Mais, pour la première fois, cette décision n’avait pas été prise à l’unanimité, le président de ladite Chambre, CunoTarfusser, s’étant opposé aux deux autres juges. Dans son « opinion dissidente », il s’était déclaré en faveur de la liberté provisoire du président Laurent Gbagbo, du fait de son âge avancé, et de l’atteinte de la limite du « délai raisonnable » dans lequel doit être jugé un accusé, celui-ci ayant déjà passé près de six ans en détention.
 
Plus tard, le 19 juillet 2017, sur appel de la défense du président Laurent Gbagbo, la Chambre d'appel de la Cpi annulait la décision du 10 mars 2017. Elle lui ordonnait en conséquence de procéder à un nouvel examen concernant la question du maintien en détention de l’ancien président de la Côte d’Ivoire.
 
Pour justifier cette annulation, la Chambre d'appel, présidée par le juge Piotr Hofmański, avait estimé que « la Chambre de première instance aurait dû prendre en considération le temps passé par M. Gbagbo en détention, en même temps que les autres risques examinés et aurait dû déterminer si, pour tous ces facteurs, la détention de M. Gbagbo continuait d'être raisonnable ». La Chambre d’appel s’était en outre appuyée sur deux erreurs commises et qui « ont sérieusement affecté la décision de la Chambre de première instance » : la prise en compte de la négation de sa responsabilité par un accusé, comme facteur favorisant la détention, d’une part,et la considération de « l'âge avancé comme un facteur renforçant son désir de fuite, plutôt que comme facteur qui pourrait potentiellement atténuer la possibilité de fuir » d’autre part.
 
Il faut se féliciter de ce que la chambre d’appel ait reconnu enfin la présomption d’innocence au président Laurent Gbagbo et le droit pour tout détenu d’être jugé dans un délai raisonnable. Mais en dépit de ces avancées significatives concédées par la Chambre d’appel, la liberté provisoire continue de buter sur une allégation bien curieuse : le risque de fuite du président Laurent Gbagbo du fait de l’existence d’un réseau de partisans prêt à le soustraire à la justice, et étant donné la gravité des charges qui pèsent contre lui.
 
En effet, les juges reprochent aux partisans du président Laurent Gbagbo le financement et l’organisation de manifestations en sa faveur, notamment une pétition qui a recueilli plus de 25 millions de signatures à travers le monde. Ils craignent que ses fidèles supporters au sein de la population ivoirienne ne lui offrent la possibilité de prendre la fuite s’il bénéficiait d’une liberté provisoire.
 
Mais, les juges ne produisent « pas d’indications spécifiques », ni d’élément objectif, montrant que les partisans de Laurent Gbagbo pourraient « enfreindre la loi ». Leur conviction se fonde plus sur des « supputations n’ayant aucune racine dans la réalité », des « impressions subjectives », bref sur l’« arbitraire », en lieu et place d’une « démonstration juridique », ainsi que le note, à juste titre, la défense du Président Laurent Gbagbo.
 
Un expert doit être nommé pour situer sur le bien-fondé du complot des pro-Gbagbo
 
Surtout, leurs positions sont forgées à partir des soumissions produites par madame la procureure de la Cpi qui, elle-même, s’est toujours contentée de collecter et reproduire les documents fournis par le gouvernement ivoirien sans analyse critique et enquête préalable, en dépit des moyens colossaux mis à sa disposition. A titre d’exemple, et de l’aveu de Matt Wells, chercheur à Human Rights Watch, le document de notification des charges produit à l’occasion de l’audience de confirmation des charges avait été monté en étroite collaboration avec le régime Ouattara.
 
C’est pourquoi, à quelques semaines d’une audience importante sur le maintien en détention ou non du président Laurent Gbagbo, il faut se préoccuper du bien-fondé de la dernière accusation de déstabilisation que vient de proférer le gouvernement ivoirien à l’endroit de « responsables politiques, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, plus particulièrement au Ghana », parmi lesquels figurent des pro-Gbagbo, et de l’exploitation qui pourrait en être faite à la Cpi.
 
En effet, ce n’est pas la première fois que le gouvernement ivoirien recourt à un tel stratagème. Son mode opératoire avait même fini par être connu : chaque fois qu’une décision importante devrait être prise concernant le président Laurent Gbagbo, le pouvoir ivoirien inventait un complot, pour ensuite rédiger un rapport qui était repris par diverses structures, comme le groupe des experts et le comité des sanctions de l’organisation des nations unies (Onu), ainsi que les organisations non gouvernementales (ong) des droits de l’homme. Quant au procureur de la Cpi, il se servait alors de ces rapports pour étayer son argumentaire contre le président Laurent Gbagbo. Le cas emblématique aura été le rapport de mi-mandat du groupe des experts de l’Onu de mi-octobre 2012 (S/2012/766, 15 octobre 2012), mais rendu public dès le début du mois par Radio France internationale (Rfi) qui donnait écho à un faux complot inventé par le régime Ouattara suite à une « réunion des pro-Gbagbo au Ghana dans la ville de Takoradi, le 12 juillet 2012, visant à déstabiliser le régime Ouattara ». Il aura fallu les réserves officielles de certains pays (France, Ghana) et organismes concernés (Onuci), des menaces de poursuites judiciaires des mis en cause et une intense campagne médiatique (articles de presse et ouvrage : « Laurent Gbagbo au centre d’un complot. Le rapport des experts de l’ONU mis à nu », avril 2013, l’Harmattan) pour tempérer les ardeurs de ce fameux groupe des experts et amoindrir les conséquences de cette accusation.
 
Malgré tout, déjà, le 30 octobre 2012, la juge unique de la Cpi s’était empressée de maintenir le président Laurent Gbagbo en détention en se fondant sur les soumissions de la procureure de la Cpi qui s’étaient inspirées largement du rapport de mi-mandat qu’elle avait d’ailleurs reproduit in extenso. Et pourtant, ce rapport, qui n’était qu’intérimaire, a été corrigé par un rapport définitif en avril 2013, qui a relativisé les affirmations du rapport de mi-mandat. Il n’a donc pas été étonnant de constater qu’au mois d’avril 2013, à la suite des discussions du Conseil de sécurité, la résolution 2101 du 25 avril 2013 du Conseil de sécurité n’a pas reflété les accusations de ce fameux rapport de mi-mandat. Tant et si bien que le comité de sanctions de l’Onu n’a pas jugé utile de prendre des sanctions sur la base des affirmations qui y étaient contenues.
 
Dès lors, connaissant les pratiques de la procureure de la Cpi, il y a fort à parier que cette dernière accusation du gouvernement ivoirien, bien que vite démentie par les principaux concernés, constituera la trame essentielle de son argumentation à la toute prochaine audience sur le maintien ou non en détention du président Laurent Gbagbo. Elle glosera certainement sur le fameux réseau des pro-Gbagbo dont l’organisation est tellement efficace qu’elle peut même déstabiliser un Etat et, a fortiori, empêcher un accusé de se présenter aux audiences de la Cpi.
 
Il serait alors souhaitable que, cette fois-ci, une expertise soit diligentée, afin de vérifier, en cas de besoin, la véracité de cette grave accusation de déstabilisation. Fort heureusement, parmi les mesures prévues par la Cpi pour protéger les droits de l’accusé, figure, en bonne place, la possibilité de « nommer un expert » (art.56, Statut de Rome).La défense du président Laurent Gbagbo ne devrait pas s’en priver.
 
En tout état de cause, les arguments avancés par la Cpi pour refuser la liberté provisoire laissent parfois perplexes.
 
Comment les partisans du président Laurent Gbagbo pourraient-ils l’empêcher de se présenter aux audiences à partir d’un pays comme la Côte d’Ivoire dont le régime leur est manifestement hostile et où ils sont emprisonnés par centaines depuis six ans ? D’ailleurs, tout en sachant que, du fait des contraintes du procès, cette liberté provisoire ne semble, dit-on, envisageable que dans un pays proche de la Haye, peut-on imaginer un pays européen où l’organisation des partisans pourrait défier la police locale, au point de réussir à cacher un prisonnier aussi célèbre que le président Laurent Gbagbo ? Comment l’homme qui n’a pas fui les bombes françaises et autres frappes onusiennes en avril 2011 sur la résidence d’Etat, au risque évident de sa vie, de celle de sa famille et de ses proches collaborateurs, peut-il subitement craindre une détention prolongée ?
 
En auscultant la Cpi dans sa jurisprudence, l’incarcération du président Laurent Gbagbo devrait entraîner son oubli par ses partisans, dans la logique des déportations coloniales qui avaient affecté les résistants africains, transférés dans des contrées éloignées de leur pays d’origine, et inconnues de leurs partisans qui ne pouvaient pas s’y rendre ou communiquer avec eux. Dans ce sens, si Nicolas Sarkozy et Alassane Ouattara avaient eu la possibilité de déporter le Président Laurent Gbagbo sur une autre planète (mars par exemple), ils ne s’en seraient pas privés, et cela aurait bien arrangé les décisions rendues par la Cpi.
 
Mais, il ne faut pas s’y méprendre. En réalité, ce que la Cpi reproche au président Laurent Gbagbo, c’est sa popularité, laquelle n’a cessé de croître avec sa longue détention et surtout, sa place cardinale dans tout processus de réconciliation réclamée en Côte d’Ivoire et ailleurs dans le monde.
 
Ce ne sont pas les initiatives qui manquent. Une pétition appelant à la libération de Laurent Gbagbo a enregistré 25 millions de signatures à travers le monde. Les manifestations de soutien au détenu politique de la Haye n’ont fait que s’amplifier en Afrique, en Europe et aux Etats-Unis. En 2012, la Présidente de la commission, Mme Dlamini Zuma avait écrit à la CPI pour solliciter la libération du Président Laurent Gbagbo. En septembre 2015, les anciens chefs d’Etat africains réunis au sein de Africa Forum et conduits par les présidents John Jerry Rawlings,Thabo Mbeki, Joaquim Chissano, et Nicéphore Soglo, avaient rendu publique une lettre adressée à la CPI pour solliciter « de réexaminer l’affaire Laurent Gbagbo et entamer le processus de son retrait ou de son interruption ». Des chefs d’Etat en exercice des pays francophones, dont le Président guinéen Alpha Condé, actuel président en exercice de l’Union africaine, ont fait une démarche auprès de l’ex-président français, François Hollande, pour solliciter la libération du président Laurent Gbagbo. Plus récemment encore, ce sont les anciens rebelles (aujourd’hui réunis au sein de l’Amicale des « forces nouvelles ») qui ont demandé sa libération. Leur chef, Guillaume Soro, actuel président de l’Assemblée nationale, prône désormais la réconciliation nationale, et se dit prêt à aller demander pardon au président Laurent Gbagbo. Un député de cette législature, co-auteur d’une proposition de loi d’amnistie, s’est rendue à la prison de la Cpi pour solliciter la caution du président Laurent Gbagbo à son initiative.
 
Comme il est loisible de le constater, la liberté provisoire, loin d’être une opportunité de fuite, offrirait plutôt une dynamique inespérée à la réconciliation en Côte d’Ivoire.
 
Quant  [au] risque d’une « prison à vie », que pourrait entraîner la gravité des charges, et qui justifierait sa volonté de fuite, c’est l’évolution générale du procès qui fournit les arguments les plus pertinents pour montrer qu’il est presque nul.
 
Les témoignages disculpent le président Laurent Gbagbo
 
En effet, à la phase actuelle du procès qui a enregistré une quarantaine de témoins cités par l’accusation, aucun d’entre eux, n’a, jusqu’ici, réussi à confirmer les charges contre le président Laurent Gbagbo. Au contraire, plusieurs témoignages l’ont clairement disculpé, contredisant l’accusation, y compris parmi ceux qu’elle considérait comme ses témoins les plus « à charge ».
 
Ainsi, à propos de « la marche sur la RTI » du 16 décembre 2010 organisée par des partisans pro-Ouattara, les témoignages ont contredit la version du procureur qui soutenait que les forces de l’ordre avaient tiré sur une « foule pacifique ». Le Général Djè Bi Poin et d’autres ont plutôt indiqué aux juges qu’elle était en réalité une « marche armée ». Des hommes armés se trouvaient parmi les participants et ont attaqué les forces de sécurité, tuant des policiers dès le début de la manifestation.
 
Dans l’affaire des 7 femmes déclarées tuées lors de la marche des femmes à Abobo du 3 mars 2011, la thèse du procureur Fatou Bensouda a volé en éclat à la suite du témoignage de deux experts commis par la Cpi elle-même. Un premier d’origine néerlandaise, expert en ADN, le professeur Até Kloosterman, de l’Institut médico-légal des Pays Bas (NFI), interrogé à propos «d'un tee-shirt d'une présumée victime de cette marche des femmes d’Abobo le 03 mars 2011, transmis … par les enquêteurs de la CPI pour analyse et trouver des traces de sang», avait conclu que tous les tests étaient négatifs et qu’il n’y avait aucune trace de sang. Le professeur Kloosterman a même ajouté que «…sur quinze (15) victimes, les Adn de douze (12) ne concordaient pas avec celui des familles supposées. Et les effets vestimentaires étaient trop neufs pour des corps supposés dater de 2010». Autrement dit, les tee-shirts transmis à l’institut médico-légal par la CPI ne seraient pas du tout ceux des victimes de la marche de ce 3 mars 2011. Pourquoi la CPI a-t-elle volontairement produit du faux ? Si à la fameuse marche du 3 mars 2011, il y a bien eu bombardement, pourquoi ne présente-t-on pas les vêtements des prétendues victimes ?
 
Quant au second expert, Mario Wiz Mateos, de nationalité espagnole, travaillant dans un service criminalistique, il est venu en rajouter au doute. Commis pour examiner une vidéo qui retracerait le film de cette marche du 3 mars 2011, il a reconnu une manipulation du film remis par le pouvoir ivoirien.
 
Un post fait à la suite du témoignage du prof néerlandais à la Cpi, Me Ange Rodrigue Dadje, avocat de Mme Simone Gbagbo dans le procès en cours à Abidjan sur les mêmes faits, révèle qu’« aucun des corps des 7 femmes d'Abobo n’a été à ce jour retrouvé et n'a donc pu faire l’objet d’une quelconque autopsie ou analyse scientifique ». Ces faits ont été confirmés par le Professeur Yapo Ette, Médecin Légiste en charge de la procédure, à l’occasion d’une audition par la gendarmerie nationale de Côte d’Ivoire. C’est d’ailleurs ce qui expliquerait que, plutôt que de produire les vêtements des supposées victimes, Mme le procureur de la CPI serait allée chercher des tee-shirts appartenant à des victimes décédées longtemps avant, ou dont l’ADN ne correspond pas à celui des parents supposés.
 
En attendant les témoignages relatifs aux deux autres évènements significatifs retenus par l’accusation, ces témoignages et les doutes qu’ils ont provoqués chez ceux qui suivent le procès, viennent confirmer la légèreté de l’accusation. En conséquence, une justice véritablement indépendante devrait, de toute évidence, plutôt acquitter le président Laurent Gbagbo. Il n’a donc pas à craindre une quelconque lourde peine qui le motiverait à fuir.
 
Cette conviction est renforcée par le fait que, jusqu’à ce jour, tout porte à croire que ce procès n’aurait jamais dû avoir lieu. Rappelons qu’une première audience de confirmation des charges avait abouti à l’ajournement de la décision, faute de preuves suffisantes. Le procureur avait alors été sommé par les juges d’apporter de nouvelles preuves pour justifier le transfèrement du président Gbagbo à la Cpi. Si, par la suite, la confirmation des charges a été obtenue, des zones d’ombre ont entouré la délibération qui a conduit à cette issue. En effet, l’un des deux juges (sur les trois) opposés à la confirmation des charges, le Juge Hans-Peter Kaul, est décédé «à la suite d'une grave maladie», selon un communiqué de la Cour, une quarantaine de jours seulement après la décision de confirmation des charges du 12 juin 2014, après qu’il eut présenté sa démission 13 jours à la suite de ladite décision, pour « raisons de santé ». Le juge Hans-Peter Kaul a-t-il été affecté d’une manière quelconque par la maladie qui s’est déclenchée subitement quatre mois auparavant et (ou) les traitements qu’il recevait ? Était-il apte à travailler ? Etait-il en possession de toutes ses facultés ? A-t-il eu le temps, la force et la concentration nécessaires pour se pencher sur les documents qui ont été transmis dans cette période de grave maladie, surtout qu’il était engagé dans une autre affaire (Ntaganda) qui a connu son dénouement le 9 juin 2014, soit quatre jours avant la décision du 13 juin dans l’affaire Laurent Gbagbo ? A-t-il pu se prononcer en toute connaissance de cause ? Bref, ravagé par une maladie grave et la lourdeur des soins à lui administrés, la participation effective et sereine du juge Hans-Peter Kaul aux délibérations qui ont conduit à la confirmation des charges demeure, à ce jour, une énigme. Tant et si bien qu’aujourd’hui encore, les observateurs les plus attentifs continuent de suspecter ce basculement dans la position du juge Hans-Peter Kaul qui a permis la confirmation des charges et donc le procès.
 
En définitive, il n’y a aucune raison de craindre une lourde peine de la Cpi parce que les témoignages ont suffisamment disculpé le président Laurent Gbagbo. Et ses partisans, qui existent effectivement par millions, attendent plutôt de lui qu’il vienne jouer sa partition dans le processus de réconciliation nationale. Rendre sa liberté, provisoirement déjà, à un présumé innocent qui a atteint la limite du « délai raisonnable » pour être jugé, serait donc faire œuvre de justice.
 
Dr Kouakou Edmond

Juriste, Consultant

 

(09//2017)

 

 

 

 


Lia Bi Douayoua depuis son exil :
 
«Plus d’une centaine d’exilés sont morts au Ghana»
 
Interview réalisée pour "Le Temps" par Germain Séhoué
 
Lia Bi Douayoua, ancien ministre de la Communication et des nouvelles technologies de l’Information, vit de nouveau en exil au Ghana depuis février 2016. Il explique pourquoi il est retourné au Ghana, explique les conditions de vie des exilés ivoiriens dans ce pays, et donne son avis sur plusieurs questions, dont le procès du Président Laurent Gbagbo et du ministre Charles Blé Goudé, les élections de 2020, la réconciliation et l’insécurité en Côte d’Ivoire.
 
Monsieur le ministre, depuis Février 2016, vous êtes retourné en exil. Que s’est-il passé pour que vous quittiez à nouveau la Côte d’Ivoire ?
 
Après trois ans et demi d’exil, j'étais rentré en Côte d'Ivoire le 10 novembre 2014. Soit un mois avant le congrès annoncé du FPI. Comme il fallait s'y attendre, j'ai aussitôt rejoint mes camarades pour continuer nos activités politiques. C'est ainsi qu’il m’a été demandé de conduire une délégation de la direction du parti auprès de nos camarades encore en exil au Ghana et au Bénin vers fin février 2016. A mon retour, une convocation du doyen du juge d'instruction du Tribunal d'Abidjan m'attendait. Elle était ainsi libellée : "...le doyen du juge d'instruction invite Mr Lia bi Douayoua pour être interrogé sur des faits qui lui sont imputés... Faute de comparution, il sera décerné contre lui un mandat de comparution, d'amener ou d'arrêt". Connaissant les pratiques du milieu, et après consultation, j'ai refusé de me livrer en pâture. J'ai donc repris le chemin de l'exil que je connais bien.
 
Que vous reprochiez-vous pour ne pas vous rendre à la convocation du juge ? Bien des gens ont dit alors que vous avez manqué de courage…
 
Je ne me reprochais rien. Toutefois j’avais des informations concordantes qui circulaient sur mon activisme politique qui n’allait pas dans un certain sens. J’avais été informé que [mon] nom figurait sur une liste de personnes qui se reunissaient souvent à la residence Presidentielle pendant la crise. J’étais donc pour eux potentiellement co-auteur du famaux Plan commun. Vous avez bien lu la convocation du juge ? Il veut m’interroger sur des faits qui me sont déjà « imputés ». Pas « reprochés ». A votre avis qu’est-ce qu’on reprochait à Assoa Adou, Hubert Oulaye, Danon Djedjé et les autres camarades ? Ayant déjà fait la prison, j’ai decidé cette fois-ci de conserver une relative liberté pour continuer la lutte. On ne peut pas choisir de faire la politique au niveau où je le fais depuis la clandestinité, du temps du parti unique triomphant en prenant tous les risques et manquer de courage.
 
Quel sens donnez-vous au patriotisme ?
 
Pour moi, le patriotisme se définit et se mesure par l'engagement qu'un individu prend pour se battre pour la défense des intérêts de son pays, de sa patrie. Depuis 1986, jeune cadre, je me suis engagé aux côtés de Laurent Gbagbo pour cette cause-là, qui, pour nous, doit déboucher, et ce n'est pas une illusion de l’esprit, sur l'avènement d'une Côte d’Ivoire libre, démocratique, prospère et solidaire. Tans pis si, comme Gbagbo, je continue d’en payer le prix.
 
Dans quelles conditions vivent les réfugiés ivoiriens au Ghana ?
 
Les exilés ivoiriens au Ghana, environ 11 000 selon le recensement officiel du HCR, mais bien plus, sont répartis, dans trois camps de refugiés, dans des villages et dans des villes. Ils sont dans des conditions déplorables puisque les aides humanitaires sont presque arrêtées. Ils survivent grâce aux appuis de parents et amis et de petits boulots. Pour eux, ils payent leur part du sacrifice comme ceux qui ont perdu la vie et ceux qui sont dans les fers comme Simone et Laurent Gbagbo.
 
Que pensez-vous de tous ces cercueils de réfugiés ivoiriens au Ghana et ailleurs qui rentrent en Côte d’Ivoire depuis 7 ans ?
 
 C’est bien evidement dans la douleur extrême qu’il nous arrive d’accompagner dans des cercueils jusqu'à la frontière, nos amis et camarades décédés. Mais il y a pire. Plus d’une centaine d’Ivoiriens en exil sont morts au Ghana depuis avril 2011. La grande majorité est enterrée sur le sol Ghanéen.
 
Que répondez-vous au Gouvernement ivoirien qui invite les exilés à rentrer au pays ?
 
Cette invitation n'a jamais été sincère. J'en suis la preuve. Rentré, j'ai dû reprendre le chemin de l'exil pour échapper à une arrestation. Ce fut le cas pour Mme Elisabeth Kapet, membre du secrétariat général du Fpi, de Mr Anoh Gilbert, Responsable dans l'ancienne filière Café-Cacao retourné in extremis à Dubai. La loi d'Amnistie réclamée par tous est toujours refuséee. Pourquoi ? La majorité des exilés encore dans les camps de réfugiés au Ghana sont des ressortissants de l'ouest de la Côte d'Ivoire. Leurs terres, plantations, sont à ce jour occupées de force par une horde de gens venus de la sous-région. Comment envisager dans ce cas un retour si cette question n'est pas réglée ? Que dire des cadres qui sont sous le coup des mandats d'arrêt internationaux toujours pendants ? quelle est la situation des responsables militaires et des soldats qui ont participé aux combats de la crise ? Voici autant de questions qui plombent le processus du retour. Les incantations politiciennes ne rassurent pas.
 
Le 7 août 2017, la Diaspora africaine s’est mobilisée à La Haye, a défilé comme si c’était devant le Président Laurent Gbagbo au Palais présidentiel, comment expliquez-vous cette détermination ? 
 
Je les soutiens et je les félicite. J'ai dit un jour à un journaliste américain qui interrogeait à Accra le ministre Assoa Adou sur la crise ivoirienne ceci : « Ce qui se passe en Côte d'ivoire avec Ouattara et Soro Guillaume sur le tapis rouge du Pouvoir et Gbagbo dans les profondeurs de la prison à la Haye, fait partie des plus grandes impostures de ce siècle qui commence". Aussi face à l’'imposture et la forfaiture il n'y a pas mille voies de sortie. Et c'est Martin Luther King qui indiquait la voie en ces termes : " celui qui accepte le mal sans lutter contre lui coopère avec lui ". Eh bien, nos camarades en Côte d’Ivoire, nos Amis de la Dispora et nous autres contraints à l’exil avons justement choisi avec détermination de lutter pour dénoncer partout cette imposture. Honneur et gloire à eux.
 
Comment avez-vous vécu la décision de la Cour d’Appel de la Cpi ordonnant à la Chambre préliminaire 1 de reconsidérer sa décision sur la demande de liberté provisoire de Laurent Gbagbo ?
 
C'est toujours avec de la peine mais surtout avec beaucoup de gêne que je suis depuis plusieurs années le procès de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé. Si cette cour avait été institutée pour dire le droit et rendre justice, les charges n'auraient jamais été confirmées contre Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé. Et le procès, à travers ce que nous entendons des témoins dits à charge, aurait pris fin depuis. Les arguments développés chaque fois, et c’est la onzième fois, pour refuser la liberté provisoire à Gbagbo sont la preuve de l'imposture qui enveloppe ce procès. Comment Gbagbo qui en Mars-Avril 2011, sous les bombes meurtrières des forces internationales coalisées, avait refusé de quitter la résidence d’Etat alors que le risque d’y mourir était grand, peut-il être aujourd’hui soupçonné de fuir si la liberté provisoire, même assortie de conditions, dans un pays choisi par la Cpi elle-même, lui était accordée ? Où sont les soutiens plus puissants que les " puissants " du moment qui l'ont livré pieds et mains liés ? La cour d’appel demande de reconsidérer la décision. Il y a même eu une opinion dissidente d’un des juges. Nous attendons de voir... Dans l'attente, comme Gbagbo nous a enseigné, " chacun fait son travail ". Au Procureur d’apporter les preuves qui n’ont jamais existé, d’un Plan commun d’extermination des populations par Gbagbo. Aux avocats de démontrer l’évidence et aux juges d’avoir l’audace de se soustraire des influences pour rester en harmonie avec leur conscience et honorer ainsi le serment prêté pour être juges. Pour nous autres, nous avons constamment en tête cette image, « Tant que celui qui te poursuit ne s’arrête pas… tu n’as pas le droit de marquer le pas ».
 
Comment expliquez-vous les remous, les mutineries, les attaques répétés en Côte d’Ivoire, et même le braquage qui vient de se produire au Palais de justice d’Abidjan qui a libéré des détenus en plein jour ?
 
La Côte d’Ivoire souffre depuis 17 ans des métatarses du cancer de la rébellion Ouattara-Soro. C'est ce qui explique les mutineries, attaques, et autres braquages à répétition partout dans le pays.  On ne peut pas « ramasser » tous les mercenaires de la sous-région, distribuer des armes aux populations civiles pour s'emparer du pouvoir d'état et espérer gouverner tranquillement sans s’attendre à un retour de bâton. Le hic dans l’affaire est que toute la Côte d’Ivoire, à son corps défendant, est appelée à payer la rançon. 
 
Que pensez-vous de l’idée de la présence du camp Gbagbo aux élections présidentielles de 2020 ?
 
C’est de bon droit dès lors que nous avons écarté depuis toujours les armes comme moyen d’accession au Pouvoir. C’est un challenge de plus que le Fpi, parti de défis, prend avec la Côte d’Ivoire. Il invite de ce fait les Ivoiriens qui depuis six ans, avec confiance, respectent tous les mots d'ordre qu'il a lancés, à s'engager pour restaurer la Côte d’Ivoire. Ce qui se passe dans le pays en matière de destruction de la cohésion sociale, de recul des libertés primaires chèrement acquises, de bradage de l'économie nationale, des terres et du patrimoine forestier, de préférence ethnique est insoutenable. Il faut donc s’engager. Pour le FPI qui, dans cette grisaille, incarne tant d’espoirs, le moment est venu de se donner tous les moyens légaux pour y parvenir.
 
Voulez-vous aller aux élections sans conditions ? Qu’est-ce qui aura changé ?
 
Quand le Fpi déclare qu’il ira aux élections de 2020, c’est un objectif politique majeur. C’est un appel et une réponse aux attentes des populations avec lesquelles nous sommes régulièrement en contact. C’est avec cette population que nous devons nous donner les moyens d’exiger la satisfaction des conditions pour des élections justes, transparentes, libres et démocratiques. Pour ne pas revivre une autre crise. Dans ce noble combat, je constate que le FPI n’est plus seul puisque depuis quelque temps nous entendons le Pdci et d’autres alliés d’hier du RHDP, en parler avec clarté. Aussi selon DOM Helder « lorsqu’on rêve tout seul, ce n’est qu’un rêve alors que lorsqu’on rêve à plusieurs c’est déjà une réalité ; l’utopie partagée, c’est le ressort de l’histoire ". Nous y sommes.
 
On voit Soro Guillaume en campagne de réconciliation. Il veut même rencontrer Laurent Gbagbo pour un pardon. Que vous inspire cette démarche du président de l’Assemblée nationale ?
 
La question de la réconciliation en Côte d'Ivoire est trop cruciale pour la distraire dans ce qui apparaît à mes yeux comme un cynique divertissement de mauvais goût de Guillaume Soro. Soro n'a pas un problème personnel et spécifique avec Gbagbo à régler dans sa cellule de prison à La Haye. Il a dirigé une rébellion qui est devenue un cancer dont souffre toute la Côte d'Ivoire. Il doit donc chercher à se réconcilier avec la Côte d’Ivoire.
Quand on veut la réconciliation - nous la voulons tous - et qu’on est sincère, il y a une posture, un regard, un pas, un geste, une démarche, un ton qu'on emprunte nécessairement. En d'autres termes comme l’indique par un subtil jeu de mots, l’auteur conférencier à succès Zig Ziglar : " C'est votre attitude, bien plus que votre aptitude qui détermine l'altitude".
 
Depuis quelque temps, le torchon brûle au RHDP entre Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara, parce que l’alternance 2020 promise par l’Appel de Daoukro est compromise. Qu’en pensez-vous ? 
 
Je n'en pense rien. Chez nous, on indique cela par une image : " deux serpents du même trou se mordent les queues ". Lequel aura le venin mortel ? L’appel dit de Daoukro engage Ouattara et Bédié. Même pas leurs partis, encore moins la Côte d’ivoire. Peut-être qu’ils se retrouveront cette fois à Kong, Gbéléban ou ailleurs pour se lancer un nouvel appel !
 
Alassane Ouattara vient de déclarer dans son message à la nation du 6 Août 2017 que tout le monde peut être candidat en 2020. Serez-vous étonné de le voir sur la liste des candidats à sa succession en 2020 ? 
 
En plusieurs décennies d’engagement politique soutenu, je n'ai pas appris à m'étonner aussi platement. C'est bien pour être présent aux élections de 2020 que Ouattara a fait voter, dans les conditions que l’on sait, une nouvelle constitution en faisant sauter tous les verrous. Mais rassurez-vous. Le sort de la Côte d’Ivoire ne dépend pas de Ouattara. Mais du niveau de conscience et d'engagement des ivoiriens face aux enjeux. Souvenez-vous de ce qui s'est passé ces dernieres années au Burkina, au Bénin et au Gabon. Pourquoi Gilbert Diendjéré, Lionel Zinsou et Jean Ping n'ont pu être imposés aux populations ? Il y a eu dans ces pays respectifs le formatage de consciences nationales et patriotiques sur lesquelles se sont fracassées toutes les velléités de pratiques impérialistes que j’ai envie de qualifier de surannées.
 
Interview réalisée sur internet par Germain Séhoué
 
(IN Le temps N ° 4167 du mardi 29 août 2017 , Pages 5-6)

 

 

 

Lia Bi Douayoua

 

 

 

 

 


Le nouveau recueil de poésie de Michel Gbagbo, "Un matin d'Avril", est paru aux Editions La Doxa.
 
Avec les mots du poète, Michel fait ressurgir le souvenir de la tragique journée du 11 avril 2011 et des drames humains qui l'ont suivie et accompagnée.
 
L'ouvrage est préfacé par René Gnaléga ; la postface est de Jérôme Toto Balou Bi.
 
... Je passe du temps à ne rien faire d'autre
Que de penser au fiel de voeux délavés...