L'arrêt des poursuites contre Laurent Gbagbo,

la seule alternative

par Abou Drahamane Sangaré

 

 

 

 

 

 
L'Association des Amis de Laurent GBAGBO
 
regroupe des personnes de toutes origines et sensibilités
souhaitant faire connaître la personnalité et l'oeuvre de Laurent GBAGBO
 

 

L'onde de choc qui a fait suite au dénouement violent de la crise postélectorale de 2010 en Côte d'Ivoire et le transfèrement tout aussi inattendu du Président Laurent GBAGBO à la Haye ont suscité une vague d'émotion qui s'est exprimée à travers de vives protestations en Côte d'Ivoire, en Afrique et quasiment partout dans le monde. Cela a donné lieu à des initiatives nombreuses et variées d'amis et d'associations patriotiques ou panafricaines.

Tous ceux qui se reconnaissent dans les idées et l'action de Laurent GBAGBO se sont organisés pour réclamer sa mise en liberté. Scandalisés par l'image sordide et volontairement haineuse véhiculée à son encontre, mais aussi par la négation éhontée et caricaturale des efforts inlassables qu'il a déployés pour maintenir la paix dans son pays dix années durant, ils ont décidé de mutualiser leur volonté d'agir pour faire découvrir ou redécouvrir l'homme, l'intellectuel et le dirigeant politique.

Cette volonté a donné naissance à l'Association des amis de Laurent GBAGBO. Elle se propose de sensibiliser l'opinion publique partout dans le monde sur le caractère injuste et infamant des accusations portées contre sa personne et de rétablir la réalité des faits sur son oeuvre, mais aussi sur son rôle, pour aboutir à sa réhabilitation par-delà sa libération.

Un examen, même rapide, de son action politique montre que rien n'a jamais été assez cher pour Laurent GBAGBO lorsqu'il s'est agi de faire triompher par la voie démocratique le respect de la pluralité des opinions dans son pays. De la même façon, rien n'a été trop cher à cet humaniste de conviction quand il s'est agi d'associer les Ivoiriens de toutes origines à la construction d'un destin national commun. Visionnaire dans une Afrique qu'il souhaite ne plus être, pour le monde, une simple variable d'ajustement politique et économique, il a proposé une intense coopération à l'échelle du continent pour intégrer les économies et accélérer l'émergence d'une identité africaine qui manque aujourd'hui.

L'Association, par la voix de son bureau, de son comité d'honneur et de l'ensemble de ses adhérents, agit pour que soit rétablie la vérité sur la personnalité et sur l'oeuvre de Laurent GBAGBO, fort éloignée de l'image qu'on a désespérément tenté d'imposer.

Au regard de ce qui précède, il est évident que la place de Laurent GBAGBO n'est pas à la Cour Pénale Internationale. Le maintenir en détention comme c'est actuellement le cas demeure le plus sûr moyen de faire obstacle à la réconciliation en Côte d'Ivoire. Celle-ci ne peut en effet se construire que sur la confiance mutuelle.

Laurent GBAGBO est sans doute la chance de la Côte d'Ivoire actuelle, mais aussi de l'Afrique. Pourquoi ? Parce qu'à l'évidence il semble être le seul anticonformiste qui croit à un apport typiquement africain dans ce monde qui s'interroge sur son futur.

Dès lors, atteindre nos objectifs, à savoir sa libération et sa réhabilitation, contribuera à défendre les idéaux de dignité humaine et de vérité.

 

Raphaël DAGBO
Président de l'Association des amis de Laurent GBAGBO

 

 
 

Adhérer à l'Association des Amis de Laurent Gbagbo

 
 
 

Côte d'Ivoire - Rechercher et Dire la Vérité

 

Monsieur Emmanuel Macron,
Président de la République française

 

 

LETTRE OUVERTE

 

 

Objet :   relations de la France avec la Côte d’Ivoire

 

 

Grenoble, le 24 novembre 2017

 

Monsieur le Président de la République,
Le 5ème Sommet Union africaine – Union Européenne se tiendra les 29 et 30 novembre 2017 à Abidjan, sur le thème « Investir dans la jeunesse pour un avenir durable ».
À l’approche de cette date, je me permets de vous rappeler notre courrier du 7 juin dernier, qui a de plus fait l’objet de deux courriels à votre Conseiller en charge de l’Afrique.
Monsieur le Président, comment écrire une nouvelle page des relations de notre pays avec la Côte d’Ivoire sans prendre en compte les responsabilités de la France ?
En effet, la France est intervenue directement et indirectement à de multiples reprises ; notamment l’intervention militaire d’avril 2011 en soutien à Monsieur Alassane Ouattara, qui a laissé des traces durables au sein des populations.
Le passé nous oblige ; il vous oblige.
Pourquoi, à long terme, est-il de l’intérêt supérieur de la France de changer de politique africaine ?
Le passé dans les relations entre la France et les pays d’Afrique est lourd de la traite négrière et de l’esclavage, des guerres coloniales et de la colonisation, et enfin, des indépendances entrecoupées de multiples interventions militaires.
Néanmoins, la francophonie et la francophilie sont deux composantes majeures des relations entre de nombreux Africains et Français, qui y sont très attachés.
Mais force est de constater que, dans le contexte de la mondialisation, la jeune génération devenant démographiquement prépondérante n’acceptera plus ce que ses aînés ont supporté.
En effet, même atténué par l’aide au développement et les actions caritatives, le caractère inégal des relations économiques, aggravé par les changements climatiques, ne peut que conduire à l’exil et l’émigration, à la violence et la guerre...
Il est donc de l’intérêt supérieur de la France d’engager une transition vers un nouveau paradigme dans les relations entre la France et l’Europe avec l’Afrique.
Ce nouveau modèle doit être fondé sur le principe de partenariats « gagnant-gagnant » ou mieux, de « juste échange ».
Cette transition implique le long terme, mais il est urgent d’agir aussi à court terme.
Pourquoi, à très court terme, est-il de l’intérêt supérieur de la France d’agir pour la libération des prisonniers politiques et le retour des exilés en Côte d’Ivoire ?
Les quelques libérations au compte-gouttes à l’approche d’évènements internationaux ne doivent pas faire illusion.
La société ivoirienne reste profondément divisée.
La réconciliation est – et restera – impossible tant que ne seront pas libres et rétablis dans leurs droits les prisonniers politiques et les exilés suite aux évènements de 2011 auxquels la France a participé activement.
La capacité de la Côte d’Ivoire à jouer un rôle stabilisateur au sein de la région en est affaiblie.
L’image de la France en Afrique est affaiblie.
Ces questions pourraient résonner dans les rues d’Abidjan, les 29 et 30 novembre.
C’est pourquoi, Monsieur le Président, sont attendus une parole forte et des actes de la part de la France, la France pays de la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen de 1789, Paris ville de la signature de la Déclaration universelle des droits de l'homme.
Monsieur le Président, votre parole et vos actes doivent converger en faveur de la libération et l’acquittement de tous les prisonniers politiques, ainsi que du retour des exilés avec réintégration dans leurs droits.
Cette initiative de votre part est attendue, espérée et sollicitée, non seulement en Côte d’Ivoire, mais aussi en Afrique et à travers le monde, par des femmes et des hommes épris de Justice et de Paix.
Ce sera un acte fort et une étape indispensable vers le nécessaire changement dans les relations entre la France et l’Afrique.
Enfin, ce sommet est dédié à la jeunesse africaine.
Nos concitoyens épris de Liberté ne manqueront pas de se poser cette question majeure :
Quel « avenir durable » lorsque tant de jeunes Africains sont contraints à l’immigration au péril de leur vie ?
En effet, une bonne part des raisons et des solutions aux problèmes d’asile et d’immigration se trouve d’abord dans le pays de départ, où sévissent toutes les formes de persécutions, d’exploitation et de pillages des richesses, des hommes, des femmes, et trop souvent des enfants.
Puissiez-vous percevoir ces innombrables appels et signaux de détresse avant qu’il ne soit trop tard, pour la France aussi…
Une réelle transition dans les politiques africaines de la France et de l’Europe est possible.
Monsieur le Président, sachant pouvoir compter sur votre détermination, je vous prie, au nom de notre association, d'agréer l'expression de ma profonde déférence.
 
Pour CI-RDV, le Président,
André Prochasson
Côte d’Ivoire : Rechercher et Dire la Vérité,
(association 1901)
Contact : ci-rdv [at] orange.fr

 
 
 
 
 

Interview de François Mattéi
 
Par Benson Sérikpa et Carole Attioumou-Sérikpa
pour "Le Journal de la Résistance"
 
Le Journal de la Résistance : Monsieur Mattéi après avoir co-écrit en 2014 un livre avec le président Laurent Gbagbo, vous êtes en ce moment en train de préparer un nouvel ouvrage encore sur les questions africaines semble-t-il ?
 
François Mattéi : En effet, je suis sur un nouveau livre. Mais, ce qui va être abordé ici, c’est l’un des piliers fondamentaux de ce qu’on appelle la françafrique. C’est le problème de la monnaie qui est aujourd’hui largement débattu. Il faut savoir que ce livre-là, devrait paraître avant le grand débat qu’on connait en ce moment sur le franc Cfa, parce que j’en avais déjà parlé dans le livre précédent avec Laurent Gbagbo. Qui a lui-même dit ce qu’il en pensait également. Il se trouve que l’éditeur chez qui je devais publier à fait faillite. Donc, il n’est pas sorti et le débat a été lancé. Alors, je reviens là-dessus et je vais même plus loin, pour dire des choses qui n’ont pas encore été dites jusqu’à présent. Parce qu’aujourd’hui, on ne parle que de l’inconvénient pour les Africains et la Côte d’Ivoire en particulier. Ainsi, il sera question des Africains des ex-colonies françaises, qui pense-t-on ont une monnaie qui n’en est pas une, qu’ils ne maîtrisent pas, qu’ils ne gèrent pas, qui donc leur interdit d’être des pays majeurs, qui fait d’eux des pays mineurs qui sont dirigés de l’extérieur. Je vais essayer d’expliquer pourquoi la France veut garder cette monnaie là et ce que ça représente dans le budget de la France par exemple.
 
LJDLR : Quand on voit l’attitude des médias français et l’omerta qu’il y a sur ces différentes questions susmentionnées, pensez-vous que ce livre sur le franc Cfa trouvera un écho favorable auprès de vos confrères ?
 
F.M. : J’espère… Pour la bonne raison que jusqu’à présent, même si le débat sur le franc Cfa est largement entamé, on n’a jamais vraiment abordé ce que représente le Cfa pour la France. Moi je traite donc le sujet à partir du point de vue français. Pour s’interroger. Pourquoi cette monnaie existe-t-elle encore ? Ce n’est pas forcément pour embêter l’Afrique. C’est en revanche la France qui y a un grand intérêt. Il y a des gens qui ont travaillé sur ce sujet, notamment des universitaires qui ont évoqué par exemple des relations de cette monnaie avec les abus de l’extractivisme français. C’est un mot savant, qui veut dire la façon dont les matières premières sont extraites du sol africain à peu de frais. Ce que ça représente dans le budget de la France. C’est ça la raison pour laquelle aujourd’hui, ces pays ne sont pas indépendants sur le plan monétaire.
 
LJDLR : Est-ce que dans cette œuvre, vous allez donner la parole à des gens comme Kemi Seba, qui essaient de donner de la voix pour dénoncer le franc Cfa ?
 
F.M. : Pour ce qui me concerne, j’ai découvert le problème du franc Cfa grâce au président Laurent Gbagbo. Parce qu’on en a parlé. Il faut savoir que dès 1984, la période où le président Laurent Gbagbo était en exil ici (ndlr, en France), il a dirigé une revue qui s’appelait « Peuple Noir, Peuple d’Afrique » et dans laquelle il a largement, dans les années 80, abordé le problème du Cfa. Et avant lui, il y a eu un économiste camerounais, Joseph Tchuindjang Pouemi qui l’avait traité. C’est donc un vieux débat. Tout le monde le redécouvre tout le temps. Aujourd’hui, il y a Kemi Seba. Hier, il y a eu l’économiste ivoirien Nicolas Agbohou qui l’avait aussi traité. Sans oublier, Mamadou Koulibaly qui, alors qu’il était aux affaires (ndlr, ministre d’Etat, ministre de l’Economie et des Finances, puis président de l’Assemblée Nationale), a été un militant anti-Cfa. Le problème a pris une ampleur énorme aujourd’hui, grâce aux réseaux sociaux et à internet. Donc bien entendu toutes ces personnes font partie de l’histoire de la lutte contre le Cfa. Mais moi, ce que je veux apporter, c’est ce qu’ils n’ont pas apporté. C’est le pourquoi la France regarde [le garde]. Alors qu’en fait elle gagnerait à agir autrement…
 
LJDLR : Êtes-vous en train de dire que la France perd plus à garder cette monnaie ?
 
F.M. : Dans l’immédiat, la France joue à une politique à court terme, mais pas à long terme. Prenons l’exemple du métro d’Abidjan. Monsieur Ouattara donne le métro en construction à la France. La France prête deux milliards d’euros à la Côte d’Ivoire qui les donne à Bouygues. C’est donc un circuit fermé avec des intérêts à très court terme. Le franc Cfa permet de faire ces choses-là aussi à peu de frais. L’autre problème, c’est d’avoir une vision que n’ont pas les politiques aujourd’hui en France. Une des raisons pour lesquelles je pense que Laurent Gbagbo a eu les problèmes qu’il a eu[s], c’est qu’il avait une vision pour l’Afrique, une vision pour les relations avec la France et l’Europe et le monde. Et le problème est là. C’est que la France joue ses intérêts immédiats, mais à court terme. Parce qu’on est en crise ici. On a des dettes ici. L’euro même a des problèmes. L’Afrique est une source de bénéfices pour les grandes entreprises, rien de plus. Moi je considère que les ex-colonies françaises sont dirigées par le CAC40, par l’armée et un peu par le business.
 
LJDLR : Pour ce nouveau livre où vous toucherez encore la françafrique, ne pensez-vous pas que vos confrères vont vous bouder une fois encore ? Vous n’avez pas l’impression de prêcher dans le désert ?
 
F.M. : Il vaut mieux prêcher dans le désert, que ne rien faire. Mais de toutes les façons, il y a trois choses. C’est que les médias français sont largement responsables des choses qui se passent en Afrique. Parce que justement il y a cette omerta. Ils savent très bien qu’il y a un grand procès, le plus grand procès qui se passe à la Cpi et on ne rend pas compte ici. Et pour cause, parce que la France est impliquée. Parce qu’on va s’apercevoir qu’elle a eu tort, et aussi parce que les médias ont menti. C’est très difficile dans nos pays de revenir sur ce qu’on a dit. Donc l’écho que ça aura, je ne sais pas. D’autant plus que justement je suis en train de faire ce qui n’a pas été fait. Je suis en train d’interviewer des intellectuels français sur ce qu’on entend sur les médias. Pour savoir comment ça se fait qu’ils sont promoteurs de démocratie et d’humanisme, et muets sur ces questions dans certaines parties du monde. Je parle de messieurs Onfray, Débré, même de Bernard-Henri Levy pourquoi pas. Ces gens-là se mêlent des affaires du monde. Et curieusement, ils ne se mêlent pas des affaires de l’Afrique qui sont directement liées à la France. Pourquoi ? Donc évidemment en les mettant au pied du mur, il se peut que ça crée quelques oppositions et quelques barrières pour faire parler. Mais on peut toujours percer ce mur. Mais il ne faut pas se poser ça comme condition de départ. Parce que les relations de la France avec l’Afrique, c’est un mensonge depuis le début. Il ne faut pas en tenir compte. Il faut continuer.
 
LJDLR : Quand on voit ce qu’il se passe à la Cpi avec ces révélations et témoignages qui frisent le ridicule, est-ce que vous êtes optimiste quant à la suite du procès du président Laurent Gbagbo ?
 
F.M. : Ç’a été décidé, mais ç’a échoué. C’est là qu’il y a une voie. Ce qu’ils ont mis en place a échoué. Les gens qui ont connu le dossier avant, parce que tout le monde vole au secours de la victoire, et qui connaissent l’histoire de Laurent Gbagbo, savent depuis le début que ça échoué. Aujourd’hui, je pense que, même si tout était écrit, les gens se posent des questions. Il y a une Assemblée Générale des pays qui composent la Cpi qui a lieu les 23 et 24 novembre prochains. Ils vont devoir tenir compte de tout ce qui s’est passé. À la fois de l’échec du procès Gbagbo, parce que pour moi c’est un échec, mais aussi des révélations prouvées du fonctionnement de la Cpi, et son attachement total aux pieds [pays] qui la finance[nt].
 
LJDLR : Doit-on à partir des révélations de Mediapart dire que les lignes bougent au niveau de la presse française. Ou c’est juste un feu de paille ?
 
F.M. : Il faut dire qu’aujourd’hui, on veut les emmener à un débat pour diminuer leur influence. Mediapart est un journal indépendant. Donc ce qu’il publie a beaucoup de poids. En plus, ils publient quelque chose qui n’est pas que français. Ils ne peuvent pas être accusés de parti pris puisque c’est un consortium de journalistes internationaux qui publient ça dans 12 pays. Leur dossier vient documenter et prouver des choses qui ont été dites et redites. Écrites et réécrites depuis la crise. Mais aujourd’hui, c’est reçu et il y aura sans aucun doute une influence sur les autres journaux. Le problème de ces journaux-là, c’est de se retourner sur les mensonges qu’ils ont fait[s]. C’est très difficile. On l’a vu en Amérique après la guerre du Vietnam. Les gens sont devant leurs propres consciences. Il y a des articles dans Marianne. Il y a des choses qui paraissent. On n’accuse plus Gbagbo comme il y a cinq ans d’être un tyran sanguinaire. Ils ont commencé à comprendre, mais c’est très difficile de changer complètement de logiciel.
 
LJDLR : En tant que journaliste français, vu que Laurent Gbagbo a été longtemps diabolisé, n’avez-vous pas souvent le sentiment de ne pas être compris quand vous parlez de lui ?
 
F.M. : Il ne faut surtout pas se résigner. C’est la façon dont la France regarde l’Afrique. Et ça vient de très loin. Je l’ai dit. C’est vrai qu’il ne faut pas le dire. Mais c’est vrai. Sur le fond, il y a une forme de racisme. C’est-à-dire qu’on a considéré que tout ce qui était en Afrique, ex-colonie française, était quelque chose de mineur. Et que les hommes politiques de ces pays-là n’étaient pas crédibles puisqu’on en a mis qui ne sont pas crédibles. On en a placé nous-mêmes, qui ne sont pas crédibles. Donc s’il y en a eu un qui était crédible, en plus qui était francophile, ça a dérangé tout le monde. C’est très curieux quand même. Le plus francophile des chefs d’État africains était Gbagbo. Et c’était le plus indépendant. Ils n’ont pas su faire les choses avec lui. Ils ont commis une erreur, parce qu’on ne sait pas gérer l’Afrique. Pourquoi ? Parce qu’on n’a pas à la gérer. La vérité, c’est ça. Les journalistes ont suivi, parce que les journaux appartiennent aux grands groupes industriels. Aujourd’hui, le Parisien appartient au groupe LVMH, Bouygues possède Tf1… Justement les journaux appartiennent au CAC40 et aux grandes industries françaises. C’est compliqué. Même RFI dépend du ministère des Affaires Etrangères. C’est très compliqué. Mais on va y arriver quand même. Mais évidemment, ça pose problème quand on est français et qu’on tient un certain discours. D’ailleurs ce n’est pas un discours, ce sont des faits. Je n’ai pas d’opinion. Parce que j’ai lu, entendu, compris et vérifié. Mais ça va finir par marcher. Et je pense aussi qu’il y aura des influences extérieures. J’y crois beaucoup.
 
LJDLR : Est-ce pour leur proximité avec Laurent Gbagbo que certains journalistes et universitaires n’arrivent pas à se faire entendre dans l’opinion française ?
 
F. M. : On n’a pas besoin de Défendre Laurent Gbagbo. Le meilleur avocat de Laurent Gbagbo c’est sa vie. Ce sont ses écrits. C’est quelqu’un qui laisse des traces partout dans ses actions, dans sa pensée. En revanche, ceux qui parlent de ça et des faits sont évidemment diabolisés d’une certaine façon en disant, « ce sont des pro-Gbagbo ». Mais, ça marche de moins en moins. Parce que ce procès qui est une ignominie a eu une fonction au fond, c’est de faire apparaître les faits. Les faits relevant aujourd’hui contre lui, il n’y en a pas. Je voudrais bien qu’on parle de ce qu’il s’est passé en face (ndlr, camp Alassane Dramane Ouattara). Pour moi, le plus gros problème de la Cpi, c’est qu’ils n’ont pas osé aller de l’autre côté. Et là, ils ont perdu la partie. Et là, le problème qu’il y a, c’est qu’il y a un homme qui est en prison. C’est tout un pays qui est en prison d’une certaine façon. Laurent Gbagbo en prison, pour moi c’est la Côte d’Ivoire qui est en prison. Il faut que les Ivoiriens sachent qu’il n’est pas dans un grand appartement. Il souffre debout et il faut que le poids de ce dossier judiciaire finisse par écraser tout ce qui a été dit. C’est normal qu’en France ça pose un problème. Ça va poser un énorme problème de reconnaître ça. Donc évidemment, on nous attaque là-dessus. Il faut toujours décrédibiliser.
 
LJDLR : Votre livre paraît quand ?
 
F. M. : Bientôt. Parce que je l’avais fini avant le grand débat. Je vais essayer de comprendre le silence des intellectuels français. Je vais leur dire, le Cfa vous connaissez ? Le plus médiatique des économistes français Thomas Piketty, il est au PS. Malgré son œuvre, « Le Capital au XXIe siècle», il dit que l’Afrique, il ne connait pas. C’est bête pour un français en plus économiste. Vous découvrez que même ces gens, les universitaires, passent dessus, ferment les yeux sur ce trou noir. On ne veut pas voir, parce qu’on sait. Ce n’est pas qu’on ne veut pas savoir. On sait. Donc on ne veut pas aller dedans. Mais en attendant, le livre précédent, c’est-à-dire, « Pour la vérité et la justice, Côte d’Ivoire : Révélations sur un scandale français », sera réédité et réactualisé avec les nouvelles informations, en janvier 2018.
 
Interview réalisée par
Benson SERIKPA et Carole Attioumou-SERIKPA
 
Source : Le Journal De La Résistance, via la presse
 
 
François Mattéi est co-auteur du livre "Pour la vérité et la justice" dans lequel il relate le fruit de ses entretiens avec le Président Laurent Gbagbo (les Editions du Moment) :
 

 

 

 

 

Voir la vidéo : François Mattéi lors de la présentation de son livre en Italie
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Remettre l'Histoire à l'endroit

 
Par Raphaël Dagbo
 
« On a sorti Laurent Gbagbo et on a installé Alassane Ouattara... » Voilà comment monsieur Nicolas Sarkozy, Président de la République française, célébrait son action dans la crise postélectorale en Côte d’Ivoire. Ces deux pays avaient pourtant signé un traité et des accords d’assistance militaire depuis le 24 avril 1961 et ceux-ci étaient bien en vigueur au moment des faits. Mais à y regarder d’assez près, c’est aussi le résumé de toute la diplomatie française dans ce pays entre le jeudi 26 Octobre 2000 et le 11 avril 2011. Il aura fallu pas moins de deux Présidents de la République (monsieur Jacques Chirac et monsieur Nicolas Sarkozy) pour atteindre ce funeste objectif. On remarquera que ce comportement est à mille lieues des principes démocratiques proclamés à tous les sommets franco-africains ou à travers la francophonie dans ses récentes compétences politiques. Sept ans après, force est de constater que l’alternative imposée par la France n’a pas fait la preuve de sa capacité à rassembler les Ivoiriens dans la paix, la sécurité, la prospérité et la bonne gouvernance promises.
D’abord l’improbable attelage constitué par M. Bédié, M. Ouattara et M. Soro, « le missionnaire de service », n’a réussi qu’à piloter une terrifiante campagne de plombs, de larmes et de sang. Nous en connaissons hélas le triste résultat. Il est d’au moins 15000 morts tous chiffres confondus au lieu des 3000 que l’on tente d’imposer à nos consciences comme si ce chiffre était plus acceptable à l’esprit humain. C’est avec tristesse que nous écoutons les propos d’une innocence désarmante de M. Soro quand il dit que son armée n’aurait pas massacré autant ses propres compatriotes si le Président Laurent Gbagbo avait accepté les résultats du scrutin présidentiel illégalement proclamés dans la retraite de son adversaire, plusieurs jours au-delà du délai constitutionnel. C’est d’ailleurs de cette façon qu’une bande de rebelles sanguinaires est devenue « Les forces nouvelles » dans les sombres et hypocrites intrigues de Linas Marcoussis. L’on essayait ainsi de faire oublier désespérément le passif insoutenable des horreurs criminelles de ces tueurs sans foi ni loi. Le flot de sang qui a coulé et qui continue encore aujourd’hui de couler en Côte d’Ivoire a conduit nombre d'Ivoiriens à se réfugier dans la léthargie par instinct de conservation.
C’est ce silence contraint que la désinformation consommée du régime de monsieur Ouattara et ceux qui l’ont installé confond à dessein avec une prétendue « paix retrouvée ». Et pourtant ce sang qui coule est tragiquement actuel soit épisodiquement à travers ces miliciens auteurs du carnage de 2011 qui se servent des armes pour réclamer leur part du butin de guerre, soit par les « microbes », de très jeunes gens, qui poignardent et égorgent en toute impunité qui bon leur semble dans les rues d’Abidjan. Voilà le régime que la communauté dite "internationale" a installé en Côte d’Ivoire sous les bombes françaises en lieu et place de celui du Président Laurent Gbagbo. Ce dernier ne demandait simplement qu’une délibération pour trancher en droit et dans la paix un banal conflit électoral à l’issue d’un scrutin pour lequel il a été déclaré vainqueur par le Conseil Constitutionnel de son pays.
Ainsi imposé aux Ivoiriens, Monsieur Ouattara s’est attaché à mettre en place un régime ethno-répressif et ouvertement népotiste qui est sans concession aucune dans l’application de son idéologie de « rattrapage ethnique ». Ce régime se gargarise régulièrement d’un taux de croissance qui pourtant ne concerne en rien les Ivoiriens dans leur vie quotidienne, et ils le disent. Il s’agit en réalité de cacher l’abcès purulent de son impopularité abyssale clairement traduite par l’indifférence de la majorité du peuple. En effet, les Ivoiriens sont loin d’être dupes du mépris et de la haine de cet homme qui condamne leurs enfants à l’exil et enferme d’autres sans procès digne de ce nom dans des prisons où ils meurent dans l’indifférence totale. Ne pouvant le manifester ouvertement par peur de représailles, la majorité du peuple refuse d’apporter une quelconque caution démocratique à ce régime. Les Ivoiriens restent donc ainsi massivement chez eux lors des consultations électorales qui s’empilent pour donner l’illusion d’un Etat qui fonctionne selon les standards universels.
Le résultat est que nous avons un régime illégitime. Cela ne l’empêche pas d’engager au forceps le pays dans des directions dont certaines peuvent être irréversibles. C’est le cas de la cession de pans entiers des terres avec les inévitables conflits mortels actuels ou à venir. La Côte d’Ivoire dont « l’indépendance » a été proclamée le 7 août 1960 est devenue un pays qui fonctionne en ce XXIe Siècle comme la colonie d’exploitation que la France s’est offerte officiellement le 10 mars 1893.
Face à ce rejet du greffon Ouattara par la majorité des Ivoiriens, il est temps de se rendre à l’évidence que nous sommes bien au bout de la forfaiture dont la réalité vient d’être confirmée par Mediapart en France même et de plus en plus d’organes de presse de par le monde. Dès lors, il devient urgent d’ouvrir une nouvelle page politique et sociale au risque de voir se produire une implosion du pays. Pour prévenir une telle catastrophe dont la simple idée nous glace le sang, tous les Ivoiriens doivent se souvenir qu’ils sont issus d’un pays de dialogue. Ils doivent se souvenir que dans ce pays, les conflits ont toujours trouvé leur solution dans la délibération et non par les armes qui sont une méthode étrangère récemment importée en Côte d’Ivoire.
Il convient maintenant de se remettre autour d’une table pour reprendre l’Histoire de ce pays là où elle a été violemment interrompue en 2011 par une guerre qui non seulement n’a servi à rien mais qui nous a laissés une terrible meurtrissure au cœur. Pour y parvenir sérieusement, il faut d’abord libérer le Président Laurent Gbagbo, le ministre Charles Blé Goudé ainsi que les prisonniers politiques qui croupissent dans les prisons ivoiriennes. Il faut également faire rentrer en sécurité tous les exilés politiques qui vivotent loin de leur pays. Il y a en effet à l'égard de la situation de ces femmes, ces hommes et ces enfants une indifférence aussi inhumaine que trois fois coupable : culpabilité devant l’Humanité ; culpabilité face à l’Histoire du pays, enfin culpabilité devant la mémoire des milliers de morts que toute conscience humaine refusera définitivement d’oublier. Pour ne pas en être passivement comptables, les Hommes épris de Justice et de Vérité ont un devoir : celui de remettre à l’endroit l’Histoire de la Côte d’Ivoire en quête de sa souveraineté.
Raphaël DAGBO
Enseignant-chercheur en relations internationales
Spécialité études stratégiques et politique de défense.
Président de l’Association Les Amis de Laurent GBAGBO.
 
 
 

 


Nouvelle parution Posté le 18/11/2017 - Par Admin 1 Publications

Vient de paraître :
"L'Afrique dot être libre et souveraine", de Jean-Claude Djéréké
Préfacé par Pascal Kokora
L'Harmattan, 2017
 
Lire un extrait sur le site de l'éditeur

 

 

 

 

 

 


Conférence de M. Gervais Boga Sako lors de la dédicace de son dernier livre "Mon combat pour les droits et les libertés" publié chez Mary Bro Foundation Publ.
 
Moyennant de ne pas se formaliser devant les réactions de certains participants ponctuant les paroles du conférencier d'exclamations à connotation religieuse, l'intervention de Gervais Boga Sako apporte un point de vue personnel très enrichissant sur la situation en Côte d'Ivoire, et sur la place qu'y a tenue le Président Gbagbo et qu'il y tiendra encore : "Si Laurent Gbagbo est libéré, s'il est innocenté, la Côte d'Ivoire sera plus belle, car il va canaliser les énergies."
 
Le Dr Gervais Boga Sako est le président-fondateur de la FIDHOP, Fondation Ivoirienne pour les Droits de l'Homme et la Vie Politique.
 
Vidéo Partie 1 :
 
Vidéo mise en ligne le 8 novembre 2017 par Jacky Moiffo
Durée : 46:40 mn
 
 
Vidéo Partie 2 :
 
Vidéo mise en ligne le 8 novembre 2017 par Jacky Moiffo
Durée : 46:31 mn