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Côte d'Ivoire - Rechercher et Dire la Vérité

 

Monsieur Emmanuel Macron,
Président de la République française

 

 

LETTRE OUVERTE

 

 

Objet :   relations de la France avec la Côte d’Ivoire

 

 

Grenoble, le 24 novembre 2017

 

Monsieur le Président de la République,
Le 5ème Sommet Union africaine – Union Européenne se tiendra les 29 et 30 novembre 2017 à Abidjan, sur le thème « Investir dans la jeunesse pour un avenir durable ».
À l’approche de cette date, je me permets de vous rappeler notre courrier du 7 juin dernier, qui a de plus fait l’objet de deux courriels à votre Conseiller en charge de l’Afrique.
Monsieur le Président, comment écrire une nouvelle page des relations de notre pays avec la Côte d’Ivoire sans prendre en compte les responsabilités de la France ?
En effet, la France est intervenue directement et indirectement à de multiples reprises ; notamment l’intervention militaire d’avril 2011 en soutien à Monsieur Alassane Ouattara, qui a laissé des traces durables au sein des populations.
Le passé nous oblige ; il vous oblige.
Pourquoi, à long terme, est-il de l’intérêt supérieur de la France de changer de politique africaine ?
Le passé dans les relations entre la France et les pays d’Afrique est lourd de la traite négrière et de l’esclavage, des guerres coloniales et de la colonisation, et enfin, des indépendances entrecoupées de multiples interventions militaires.
Néanmoins, la francophonie et la francophilie sont deux composantes majeures des relations entre de nombreux Africains et Français, qui y sont très attachés.
Mais force est de constater que, dans le contexte de la mondialisation, la jeune génération devenant démographiquement prépondérante n’acceptera plus ce que ses aînés ont supporté.
En effet, même atténué par l’aide au développement et les actions caritatives, le caractère inégal des relations économiques, aggravé par les changements climatiques, ne peut que conduire à l’exil et l’émigration, à la violence et la guerre...
Il est donc de l’intérêt supérieur de la France d’engager une transition vers un nouveau paradigme dans les relations entre la France et l’Europe avec l’Afrique.
Ce nouveau modèle doit être fondé sur le principe de partenariats « gagnant-gagnant » ou mieux, de « juste échange ».
Cette transition implique le long terme, mais il est urgent d’agir aussi à court terme.
Pourquoi, à très court terme, est-il de l’intérêt supérieur de la France d’agir pour la libération des prisonniers politiques et le retour des exilés en Côte d’Ivoire ?
Les quelques libérations au compte-gouttes à l’approche d’évènements internationaux ne doivent pas faire illusion.
La société ivoirienne reste profondément divisée.
La réconciliation est – et restera – impossible tant que ne seront pas libres et rétablis dans leurs droits les prisonniers politiques et les exilés suite aux évènements de 2011 auxquels la France a participé activement.
La capacité de la Côte d’Ivoire à jouer un rôle stabilisateur au sein de la région en est affaiblie.
L’image de la France en Afrique est affaiblie.
Ces questions pourraient résonner dans les rues d’Abidjan, les 29 et 30 novembre.
C’est pourquoi, Monsieur le Président, sont attendus une parole forte et des actes de la part de la France, la France pays de la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen de 1789, Paris ville de la signature de la Déclaration universelle des droits de l'homme.
Monsieur le Président, votre parole et vos actes doivent converger en faveur de la libération et l’acquittement de tous les prisonniers politiques, ainsi que du retour des exilés avec réintégration dans leurs droits.
Cette initiative de votre part est attendue, espérée et sollicitée, non seulement en Côte d’Ivoire, mais aussi en Afrique et à travers le monde, par des femmes et des hommes épris de Justice et de Paix.
Ce sera un acte fort et une étape indispensable vers le nécessaire changement dans les relations entre la France et l’Afrique.
Enfin, ce sommet est dédié à la jeunesse africaine.
Nos concitoyens épris de Liberté ne manqueront pas de se poser cette question majeure :
Quel « avenir durable » lorsque tant de jeunes Africains sont contraints à l’immigration au péril de leur vie ?
En effet, une bonne part des raisons et des solutions aux problèmes d’asile et d’immigration se trouve d’abord dans le pays de départ, où sévissent toutes les formes de persécutions, d’exploitation et de pillages des richesses, des hommes, des femmes, et trop souvent des enfants.
Puissiez-vous percevoir ces innombrables appels et signaux de détresse avant qu’il ne soit trop tard, pour la France aussi…
Une réelle transition dans les politiques africaines de la France et de l’Europe est possible.
Monsieur le Président, sachant pouvoir compter sur votre détermination, je vous prie, au nom de notre association, d'agréer l'expression de ma profonde déférence.
 
Pour CI-RDV, le Président,
André Prochasson
Côte d’Ivoire : Rechercher et Dire la Vérité,
(association 1901)
Contact : ci-rdv [at] orange.fr

 
 
 
 
 

Remettre l'Histoire à l'endroit

 
Par Raphaël Dagbo
 
« On a sorti Laurent Gbagbo et on a installé Alassane Ouattara... » Voilà comment monsieur Nicolas Sarkozy, Président de la République française, célébrait son action dans la crise postélectorale en Côte d’Ivoire. Ces deux pays avaient pourtant signé un traité et des accords d’assistance militaire depuis le 24 avril 1961 et ceux-ci étaient bien en vigueur au moment des faits. Mais à y regarder d’assez près, c’est aussi le résumé de toute la diplomatie française dans ce pays entre le jeudi 26 Octobre 2000 et le 11 avril 2011. Il aura fallu pas moins de deux Présidents de la République (monsieur Jacques Chirac et monsieur Nicolas Sarkozy) pour atteindre ce funeste objectif. On remarquera que ce comportement est à mille lieues des principes démocratiques proclamés à tous les sommets franco-africains ou à travers la francophonie dans ses récentes compétences politiques. Sept ans après, force est de constater que l’alternative imposée par la France n’a pas fait la preuve de sa capacité à rassembler les Ivoiriens dans la paix, la sécurité, la prospérité et la bonne gouvernance promises.
D’abord l’improbable attelage constitué par M. Bédié, M. Ouattara et M. Soro, « le missionnaire de service », n’a réussi qu’à piloter une terrifiante campagne de plombs, de larmes et de sang. Nous en connaissons hélas le triste résultat. Il est d’au moins 15000 morts tous chiffres confondus au lieu des 3000 que l’on tente d’imposer à nos consciences comme si ce chiffre était plus acceptable à l’esprit humain. C’est avec tristesse que nous écoutons les propos d’une innocence désarmante de M. Soro quand il dit que son armée n’aurait pas massacré autant ses propres compatriotes si le Président Laurent Gbagbo avait accepté les résultats du scrutin présidentiel illégalement proclamés dans la retraite de son adversaire, plusieurs jours au-delà du délai constitutionnel. C’est d’ailleurs de cette façon qu’une bande de rebelles sanguinaires est devenue « Les forces nouvelles » dans les sombres et hypocrites intrigues de Linas Marcoussis. L’on essayait ainsi de faire oublier désespérément le passif insoutenable des horreurs criminelles de ces tueurs sans foi ni loi. Le flot de sang qui a coulé et qui continue encore aujourd’hui de couler en Côte d’Ivoire a conduit nombre d'Ivoiriens à se réfugier dans la léthargie par instinct de conservation.
C’est ce silence contraint que la désinformation consommée du régime de monsieur Ouattara et ceux qui l’ont installé confond à dessein avec une prétendue « paix retrouvée ». Et pourtant ce sang qui coule est tragiquement actuel soit épisodiquement à travers ces miliciens auteurs du carnage de 2011 qui se servent des armes pour réclamer leur part du butin de guerre, soit par les « microbes », de très jeunes gens, qui poignardent et égorgent en toute impunité qui bon leur semble dans les rues d’Abidjan. Voilà le régime que la communauté dite "internationale" a installé en Côte d’Ivoire sous les bombes françaises en lieu et place de celui du Président Laurent Gbagbo. Ce dernier ne demandait simplement qu’une délibération pour trancher en droit et dans la paix un banal conflit électoral à l’issue d’un scrutin pour lequel il a été déclaré vainqueur par le Conseil Constitutionnel de son pays.
Ainsi imposé aux Ivoiriens, Monsieur Ouattara s’est attaché à mettre en place un régime ethno-répressif et ouvertement népotiste qui est sans concession aucune dans l’application de son idéologie de « rattrapage ethnique ». Ce régime se gargarise régulièrement d’un taux de croissance qui pourtant ne concerne en rien les Ivoiriens dans leur vie quotidienne, et ils le disent. Il s’agit en réalité de cacher l’abcès purulent de son impopularité abyssale clairement traduite par l’indifférence de la majorité du peuple. En effet, les Ivoiriens sont loin d’être dupes du mépris et de la haine de cet homme qui condamne leurs enfants à l’exil et enferme d’autres sans procès digne de ce nom dans des prisons où ils meurent dans l’indifférence totale. Ne pouvant le manifester ouvertement par peur de représailles, la majorité du peuple refuse d’apporter une quelconque caution démocratique à ce régime. Les Ivoiriens restent donc ainsi massivement chez eux lors des consultations électorales qui s’empilent pour donner l’illusion d’un Etat qui fonctionne selon les standards universels.
Le résultat est que nous avons un régime illégitime. Cela ne l’empêche pas d’engager au forceps le pays dans des directions dont certaines peuvent être irréversibles. C’est le cas de la cession de pans entiers des terres avec les inévitables conflits mortels actuels ou à venir. La Côte d’Ivoire dont « l’indépendance » a été proclamée le 7 août 1960 est devenue un pays qui fonctionne en ce XXIe Siècle comme la colonie d’exploitation que la France s’est offerte officiellement le 10 mars 1893.
Face à ce rejet du greffon Ouattara par la majorité des Ivoiriens, il est temps de se rendre à l’évidence que nous sommes bien au bout de la forfaiture dont la réalité vient d’être confirmée par Mediapart en France même et de plus en plus d’organes de presse de par le monde. Dès lors, il devient urgent d’ouvrir une nouvelle page politique et sociale au risque de voir se produire une implosion du pays. Pour prévenir une telle catastrophe dont la simple idée nous glace le sang, tous les Ivoiriens doivent se souvenir qu’ils sont issus d’un pays de dialogue. Ils doivent se souvenir que dans ce pays, les conflits ont toujours trouvé leur solution dans la délibération et non par les armes qui sont une méthode étrangère récemment importée en Côte d’Ivoire.
Il convient maintenant de se remettre autour d’une table pour reprendre l’Histoire de ce pays là où elle a été violemment interrompue en 2011 par une guerre qui non seulement n’a servi à rien mais qui nous a laissés une terrible meurtrissure au cœur. Pour y parvenir sérieusement, il faut d’abord libérer le Président Laurent Gbagbo, le ministre Charles Blé Goudé ainsi que les prisonniers politiques qui croupissent dans les prisons ivoiriennes. Il faut également faire rentrer en sécurité tous les exilés politiques qui vivotent loin de leur pays. Il y a en effet à l'égard de la situation de ces femmes, ces hommes et ces enfants une indifférence aussi inhumaine que trois fois coupable : culpabilité devant l’Humanité ; culpabilité face à l’Histoire du pays, enfin culpabilité devant la mémoire des milliers de morts que toute conscience humaine refusera définitivement d’oublier. Pour ne pas en être passivement comptables, les Hommes épris de Justice et de Vérité ont un devoir : celui de remettre à l’endroit l’Histoire de la Côte d’Ivoire en quête de sa souveraineté.
Raphaël DAGBO
Enseignant-chercheur en relations internationales
Spécialité études stratégiques et politique de défense.
Président de l’Association Les Amis de Laurent GBAGBO.
 
 
 

 


Lia Bi Douayoua depuis son exil :
 
«Plus d’une centaine d’exilés sont morts au Ghana»
 
Interview réalisée pour "Le Temps" par Germain Séhoué
 
Lia Bi Douayoua, ancien ministre de la Communication et des nouvelles technologies de l’Information, vit de nouveau en exil au Ghana depuis février 2016. Il explique pourquoi il est retourné au Ghana, explique les conditions de vie des exilés ivoiriens dans ce pays, et donne son avis sur plusieurs questions, dont le procès du Président Laurent Gbagbo et du ministre Charles Blé Goudé, les élections de 2020, la réconciliation et l’insécurité en Côte d’Ivoire.
 
Monsieur le ministre, depuis Février 2016, vous êtes retourné en exil. Que s’est-il passé pour que vous quittiez à nouveau la Côte d’Ivoire ?
 
Après trois ans et demi d’exil, j'étais rentré en Côte d'Ivoire le 10 novembre 2014. Soit un mois avant le congrès annoncé du FPI. Comme il fallait s'y attendre, j'ai aussitôt rejoint mes camarades pour continuer nos activités politiques. C'est ainsi qu’il m’a été demandé de conduire une délégation de la direction du parti auprès de nos camarades encore en exil au Ghana et au Bénin vers fin février 2016. A mon retour, une convocation du doyen du juge d'instruction du Tribunal d'Abidjan m'attendait. Elle était ainsi libellée : "...le doyen du juge d'instruction invite Mr Lia bi Douayoua pour être interrogé sur des faits qui lui sont imputés... Faute de comparution, il sera décerné contre lui un mandat de comparution, d'amener ou d'arrêt". Connaissant les pratiques du milieu, et après consultation, j'ai refusé de me livrer en pâture. J'ai donc repris le chemin de l'exil que je connais bien.
 
Que vous reprochiez-vous pour ne pas vous rendre à la convocation du juge ? Bien des gens ont dit alors que vous avez manqué de courage…
 
Je ne me reprochais rien. Toutefois j’avais des informations concordantes qui circulaient sur mon activisme politique qui n’allait pas dans un certain sens. J’avais été informé que [mon] nom figurait sur une liste de personnes qui se reunissaient souvent à la residence Presidentielle pendant la crise. J’étais donc pour eux potentiellement co-auteur du famaux Plan commun. Vous avez bien lu la convocation du juge ? Il veut m’interroger sur des faits qui me sont déjà « imputés ». Pas « reprochés ». A votre avis qu’est-ce qu’on reprochait à Assoa Adou, Hubert Oulaye, Danon Djedjé et les autres camarades ? Ayant déjà fait la prison, j’ai decidé cette fois-ci de conserver une relative liberté pour continuer la lutte. On ne peut pas choisir de faire la politique au niveau où je le fais depuis la clandestinité, du temps du parti unique triomphant en prenant tous les risques et manquer de courage.
 
Quel sens donnez-vous au patriotisme ?
 
Pour moi, le patriotisme se définit et se mesure par l'engagement qu'un individu prend pour se battre pour la défense des intérêts de son pays, de sa patrie. Depuis 1986, jeune cadre, je me suis engagé aux côtés de Laurent Gbagbo pour cette cause-là, qui, pour nous, doit déboucher, et ce n'est pas une illusion de l’esprit, sur l'avènement d'une Côte d’Ivoire libre, démocratique, prospère et solidaire. Tans pis si, comme Gbagbo, je continue d’en payer le prix.
 
Dans quelles conditions vivent les réfugiés ivoiriens au Ghana ?
 
Les exilés ivoiriens au Ghana, environ 11 000 selon le recensement officiel du HCR, mais bien plus, sont répartis, dans trois camps de refugiés, dans des villages et dans des villes. Ils sont dans des conditions déplorables puisque les aides humanitaires sont presque arrêtées. Ils survivent grâce aux appuis de parents et amis et de petits boulots. Pour eux, ils payent leur part du sacrifice comme ceux qui ont perdu la vie et ceux qui sont dans les fers comme Simone et Laurent Gbagbo.
 
Que pensez-vous de tous ces cercueils de réfugiés ivoiriens au Ghana et ailleurs qui rentrent en Côte d’Ivoire depuis 7 ans ?
 
 C’est bien evidement dans la douleur extrême qu’il nous arrive d’accompagner dans des cercueils jusqu'à la frontière, nos amis et camarades décédés. Mais il y a pire. Plus d’une centaine d’Ivoiriens en exil sont morts au Ghana depuis avril 2011. La grande majorité est enterrée sur le sol Ghanéen.
 
Que répondez-vous au Gouvernement ivoirien qui invite les exilés à rentrer au pays ?
 
Cette invitation n'a jamais été sincère. J'en suis la preuve. Rentré, j'ai dû reprendre le chemin de l'exil pour échapper à une arrestation. Ce fut le cas pour Mme Elisabeth Kapet, membre du secrétariat général du Fpi, de Mr Anoh Gilbert, Responsable dans l'ancienne filière Café-Cacao retourné in extremis à Dubai. La loi d'Amnistie réclamée par tous est toujours refuséee. Pourquoi ? La majorité des exilés encore dans les camps de réfugiés au Ghana sont des ressortissants de l'ouest de la Côte d'Ivoire. Leurs terres, plantations, sont à ce jour occupées de force par une horde de gens venus de la sous-région. Comment envisager dans ce cas un retour si cette question n'est pas réglée ? Que dire des cadres qui sont sous le coup des mandats d'arrêt internationaux toujours pendants ? quelle est la situation des responsables militaires et des soldats qui ont participé aux combats de la crise ? Voici autant de questions qui plombent le processus du retour. Les incantations politiciennes ne rassurent pas.
 
Le 7 août 2017, la Diaspora africaine s’est mobilisée à La Haye, a défilé comme si c’était devant le Président Laurent Gbagbo au Palais présidentiel, comment expliquez-vous cette détermination ? 
 
Je les soutiens et je les félicite. J'ai dit un jour à un journaliste américain qui interrogeait à Accra le ministre Assoa Adou sur la crise ivoirienne ceci : « Ce qui se passe en Côte d'ivoire avec Ouattara et Soro Guillaume sur le tapis rouge du Pouvoir et Gbagbo dans les profondeurs de la prison à la Haye, fait partie des plus grandes impostures de ce siècle qui commence". Aussi face à l’'imposture et la forfaiture il n'y a pas mille voies de sortie. Et c'est Martin Luther King qui indiquait la voie en ces termes : " celui qui accepte le mal sans lutter contre lui coopère avec lui ". Eh bien, nos camarades en Côte d’Ivoire, nos Amis de la Dispora et nous autres contraints à l’exil avons justement choisi avec détermination de lutter pour dénoncer partout cette imposture. Honneur et gloire à eux.
 
Comment avez-vous vécu la décision de la Cour d’Appel de la Cpi ordonnant à la Chambre préliminaire 1 de reconsidérer sa décision sur la demande de liberté provisoire de Laurent Gbagbo ?
 
C'est toujours avec de la peine mais surtout avec beaucoup de gêne que je suis depuis plusieurs années le procès de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé. Si cette cour avait été institutée pour dire le droit et rendre justice, les charges n'auraient jamais été confirmées contre Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé. Et le procès, à travers ce que nous entendons des témoins dits à charge, aurait pris fin depuis. Les arguments développés chaque fois, et c’est la onzième fois, pour refuser la liberté provisoire à Gbagbo sont la preuve de l'imposture qui enveloppe ce procès. Comment Gbagbo qui en Mars-Avril 2011, sous les bombes meurtrières des forces internationales coalisées, avait refusé de quitter la résidence d’Etat alors que le risque d’y mourir était grand, peut-il être aujourd’hui soupçonné de fuir si la liberté provisoire, même assortie de conditions, dans un pays choisi par la Cpi elle-même, lui était accordée ? Où sont les soutiens plus puissants que les " puissants " du moment qui l'ont livré pieds et mains liés ? La cour d’appel demande de reconsidérer la décision. Il y a même eu une opinion dissidente d’un des juges. Nous attendons de voir... Dans l'attente, comme Gbagbo nous a enseigné, " chacun fait son travail ". Au Procureur d’apporter les preuves qui n’ont jamais existé, d’un Plan commun d’extermination des populations par Gbagbo. Aux avocats de démontrer l’évidence et aux juges d’avoir l’audace de se soustraire des influences pour rester en harmonie avec leur conscience et honorer ainsi le serment prêté pour être juges. Pour nous autres, nous avons constamment en tête cette image, « Tant que celui qui te poursuit ne s’arrête pas… tu n’as pas le droit de marquer le pas ».
 
Comment expliquez-vous les remous, les mutineries, les attaques répétés en Côte d’Ivoire, et même le braquage qui vient de se produire au Palais de justice d’Abidjan qui a libéré des détenus en plein jour ?
 
La Côte d’Ivoire souffre depuis 17 ans des métatarses du cancer de la rébellion Ouattara-Soro. C'est ce qui explique les mutineries, attaques, et autres braquages à répétition partout dans le pays.  On ne peut pas « ramasser » tous les mercenaires de la sous-région, distribuer des armes aux populations civiles pour s'emparer du pouvoir d'état et espérer gouverner tranquillement sans s’attendre à un retour de bâton. Le hic dans l’affaire est que toute la Côte d’Ivoire, à son corps défendant, est appelée à payer la rançon. 
 
Que pensez-vous de l’idée de la présence du camp Gbagbo aux élections présidentielles de 2020 ?
 
C’est de bon droit dès lors que nous avons écarté depuis toujours les armes comme moyen d’accession au Pouvoir. C’est un challenge de plus que le Fpi, parti de défis, prend avec la Côte d’Ivoire. Il invite de ce fait les Ivoiriens qui depuis six ans, avec confiance, respectent tous les mots d'ordre qu'il a lancés, à s'engager pour restaurer la Côte d’Ivoire. Ce qui se passe dans le pays en matière de destruction de la cohésion sociale, de recul des libertés primaires chèrement acquises, de bradage de l'économie nationale, des terres et du patrimoine forestier, de préférence ethnique est insoutenable. Il faut donc s’engager. Pour le FPI qui, dans cette grisaille, incarne tant d’espoirs, le moment est venu de se donner tous les moyens légaux pour y parvenir.
 
Voulez-vous aller aux élections sans conditions ? Qu’est-ce qui aura changé ?
 
Quand le Fpi déclare qu’il ira aux élections de 2020, c’est un objectif politique majeur. C’est un appel et une réponse aux attentes des populations avec lesquelles nous sommes régulièrement en contact. C’est avec cette population que nous devons nous donner les moyens d’exiger la satisfaction des conditions pour des élections justes, transparentes, libres et démocratiques. Pour ne pas revivre une autre crise. Dans ce noble combat, je constate que le FPI n’est plus seul puisque depuis quelque temps nous entendons le Pdci et d’autres alliés d’hier du RHDP, en parler avec clarté. Aussi selon DOM Helder « lorsqu’on rêve tout seul, ce n’est qu’un rêve alors que lorsqu’on rêve à plusieurs c’est déjà une réalité ; l’utopie partagée, c’est le ressort de l’histoire ". Nous y sommes.
 
On voit Soro Guillaume en campagne de réconciliation. Il veut même rencontrer Laurent Gbagbo pour un pardon. Que vous inspire cette démarche du président de l’Assemblée nationale ?
 
La question de la réconciliation en Côte d'Ivoire est trop cruciale pour la distraire dans ce qui apparaît à mes yeux comme un cynique divertissement de mauvais goût de Guillaume Soro. Soro n'a pas un problème personnel et spécifique avec Gbagbo à régler dans sa cellule de prison à La Haye. Il a dirigé une rébellion qui est devenue un cancer dont souffre toute la Côte d'Ivoire. Il doit donc chercher à se réconcilier avec la Côte d’Ivoire.
Quand on veut la réconciliation - nous la voulons tous - et qu’on est sincère, il y a une posture, un regard, un pas, un geste, une démarche, un ton qu'on emprunte nécessairement. En d'autres termes comme l’indique par un subtil jeu de mots, l’auteur conférencier à succès Zig Ziglar : " C'est votre attitude, bien plus que votre aptitude qui détermine l'altitude".
 
Depuis quelque temps, le torchon brûle au RHDP entre Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara, parce que l’alternance 2020 promise par l’Appel de Daoukro est compromise. Qu’en pensez-vous ? 
 
Je n'en pense rien. Chez nous, on indique cela par une image : " deux serpents du même trou se mordent les queues ". Lequel aura le venin mortel ? L’appel dit de Daoukro engage Ouattara et Bédié. Même pas leurs partis, encore moins la Côte d’ivoire. Peut-être qu’ils se retrouveront cette fois à Kong, Gbéléban ou ailleurs pour se lancer un nouvel appel !
 
Alassane Ouattara vient de déclarer dans son message à la nation du 6 Août 2017 que tout le monde peut être candidat en 2020. Serez-vous étonné de le voir sur la liste des candidats à sa succession en 2020 ? 
 
En plusieurs décennies d’engagement politique soutenu, je n'ai pas appris à m'étonner aussi platement. C'est bien pour être présent aux élections de 2020 que Ouattara a fait voter, dans les conditions que l’on sait, une nouvelle constitution en faisant sauter tous les verrous. Mais rassurez-vous. Le sort de la Côte d’Ivoire ne dépend pas de Ouattara. Mais du niveau de conscience et d'engagement des ivoiriens face aux enjeux. Souvenez-vous de ce qui s'est passé ces dernieres années au Burkina, au Bénin et au Gabon. Pourquoi Gilbert Diendjéré, Lionel Zinsou et Jean Ping n'ont pu être imposés aux populations ? Il y a eu dans ces pays respectifs le formatage de consciences nationales et patriotiques sur lesquelles se sont fracassées toutes les velléités de pratiques impérialistes que j’ai envie de qualifier de surannées.
 
Interview réalisée sur internet par Germain Séhoué
 
(IN Le temps N ° 4167 du mardi 29 août 2017 , Pages 5-6)

 

 

 

Lia Bi Douayoua

 

 

 

 

 


Georges-Armand Ouégnin, président de la plate-forme d'opposition EDS (Ensemble pour la Démocratie et la Souveraineté), a rencontré le Président Laurent Gbagbo le 4 août 2017, au centre de détention de Scheveningen.

 

 

 

Vidéo mise en ligne le 6 août 2017 par Ye News Video, sous le titre :
Georges-Armand Ouégnin, président EDS : "Ce que Gbagbo m'a dit à La Haye"
Durée : 4:45 mn
 
 

 

 

 

 


Evariste Méambly, député de Facobly, répond aux questions de Jean-Paul Oro et Blaise Bonsié, sur EventNews TV


Evariste Méambly dirige le groupe parlementaire "Agir pour le peuple" qui propose, pour apaiser les tensions en Côte d'Ivoire et contribuer à faire de l'objectif de la réconciliation une réalité, le vote d'une loi d'amnistie générale pour tous les prisonniers politiques de la crise postélectorale.

Pour plus de détails, voir notre article du 21 avril 2017 :
Rencontre entre le député de Facobly Evariste Méambly et des représentants de la CPI
 
Vidéo mise en ligne par Eventnewtv presse le 26 juillet 2017
Emission : "Les grandes questions d'actualité"
Durée : 36 mn


 





 

 


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