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Dans une longue adresse publiée en janvier 2018, l'ancien ministre du Budget Justin Katinan Koné, aujourd'hui en exil au Ghana, avait dénoncé le harcèlement politico-judiciaire dont il faisait l'objet de la part du régime de Ouattara.
 
Plus récemment, en mai 2018, l'ancien ministre a été incidemment mis au courant de l'existence d'une nouvelle demande d'extradition en date du 28 mars 2018 émanant du Procureur de Côte d'Ivoire Richard Adou. Il y est accusé de faits de déstabilisation, sur la base du témoignage d'un inconnu tenant lui-même des "informations" d'une autre personne... A cela il faut ajouter une visite nocturne de son domicile, avec fouille et pillage.
Cette fois-ci, Justin Katinan Koné a décidé de riposter en saisissant diverses instances internationales telles que le Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l'Homme, la Commission Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés.
En prenant ces initiatives et toutes autres allant dans le même sens, Justin Katinan Koné contribuera à alerter davantage ces organisations sur la situation faite aux opposants - en particulier les cadres du Front Populaire Ivoirien, mais pas seulement - à la fois en Côte d'Ivoire et dans les pays limithrophes qui les ont accueillis après le renversement du Président Laurent Gbagbo.
 
COMMUNIQUE DE PRESSE
[15 mai 2018]
"Le lundi 7 mai 2018, un ami, par ailleurs avocat au barreau du Ghana, m’a informé avoir eu connaissance, de façon incidente, de l’existence d’un autre mandat d’arrêt international émis par les autorités ivoiriennes contre moi et transmis aux autorités ghanéennes. Le même mandat a été également transmis aux autorités du Togo et du Bénin. Cet ami, par ses propres moyens, a réussi à avoir une copie dudit mandat d’arrêt international. Les bras m’en sont tombés après lecture de celui-ci.

Dans ce mandat d’arrêt, l’on m’inculpe pour des faits de déstabilisation allant de 2012 à 2017, sur la base des dires d’un certain Yedagn Louis Jacques alias Méité Souleymane. Ce dernier aurait dit, lors de son interpellation, qu’il aurait participé à une réunion au Ghana avec un pasteur nommé ZOUAME, exilé au Ghana ; qu’au cours de cette réunion, ce pasteur « révélait que KONE Katinan Justin donnait directement des instructions aux chefs de guerre du nord ».
 
Sur la base de cette information, le juge d’instruction, Kra Ndri, a émis un mandat d’arrêt international contre moi.
 
Comme l’on peut le constater, une personne, qui ne m’a jamais rencontré, dit avoir participé à une réunion, sans en préciser la date, à laquelle je ne participais pas, et qu’il aurait entendu, au cours de ladite réunion, une autre personne dont l’identité n’est même pas connue, du moins celle-ci se résume à une appellation (ZOUAME) sans que l’on ne sache s’il s’agit d’un nom, d’un prénom ou même d’un surnom, dire que j’aurais donné des instructions « aux chefs de guerre du Nord », sans que lesdits chefs de guerre, eux non plus, ne soient identifiés, et la nature des instructions, elle non plus ne soit précisée. Sur cette base et seulement celle-ci, un juge ivoirien a pu émettre un mandat d’arrêt international contre moi.
 
Mon ami m’a informé de ce que cet autre mandat est le troisième délivré contre moi et transmis aux autorités ghanéennes depuis le début de l’année 2018. Un premier mandat d’arrêt international, me concernant, a été remis aux autorités ghanéennes dès janvier 2018. Ce mandat reprenait à l’identique, à tout point de vue, celui émis en 2012 et qui avait justifié mon arrestation et mon procès pour extradition qui avait duré plus d’un an. Une telle affaire, définitivement jugée, ne peut en aucun cas être rappelée devant n’importe quelle juridiction ghanéenne.
 
Le second mandat reprenait, aux dires de mon ami avocat, mutatis mutandis, l’affaire dite de la BCEAO après le jugement rendu par le tribunal de première instance d’Abidjan. Ce jugement, ayant violé mes droits élémentaires en ce que je n’avais pas été informé de ma convocation devant cette instance, mes avocats à Abidjan y ont fait opposition. L’opposition bloquant les effets dudit jugement, c’est donc avec une grande surprise que j’apprends qu’un mandat a été émis contre moi sur la base de celui-ci.
 
Faut-il le rappeler, ce troisième mandat de l’année 2018 intervient tout juste quelques semaines après la visite nocturne, par un commando, de mon domicile qui a été fouillé de fond en comble et pillé. Les policiers ghanéens qui mènent l’enquête sur cette affaire, se fondant sur le mode opératoire utilisé par les visiteurs indélicats, soupçonnent une opération autre qu’un vol classique.
 
Depuis juin 2012, ce dernier mandat constitue le quatorzième des faits et actes posés à mon encontre et qui sont de nature à perturber ma vie en exil.
 
Pour moi, il ne fait l’ombre d’aucun doute, l’instrumentalisation de la justice de mon pays contre moi ne vise qu’une seule chose : attenter à ma vie pour des « motifs politiques », comme textuellement relevé par le juge ghanéen, dans sa décision du 30 Août 2013, pour motiver le rejet de la demande de mon extradition formulée par le gouvernement ivoirien.
 
Devant tant de persécutions, émanant d’actes graves de violation des droits de l’homme perpétrés contre moi, j’ai décidé de porter mon cas devant les instances internationales chargées de la protection des droits de l’homme en général, et ceux des réfugiés, en particulier. A cette fin, j’ai constitué maître Josette Kadji, avocate au barreau du Cameroun et domiciliée à Douala, à l’effet de mener, pour mon compte, les missions suivantes :

- 1er. Saisir le Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme (HCDH) à Genève pour l’interpeller sur les persécutions dont je suis victime de la part du gouvernement ivoirien pour des raisons politiques.

- 2ème. Porter la même affaire devant la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP) à Banjul (Gambie) et devant la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples à Arusha (Tanzanie).

- 3ème. Interpeller le HCR (Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés), notamment son département chargé de la protection des réfugiés, sur les nombreux cas de violation de mes droits, en tant que réfugié, pour des motifs politiques ; la décision de la justice ghanéenne du 30 Août 2013 faisant foi.

- 4ème. Entreprendre toutes les initiatives et approches, qu’elle jugera pertinentes, pour défendre la protection de mes droits de réfugié constamment violés par le gouvernement ivoirien pour les mêmes motifs politiques.
 
Mes requêtes à l’international sont sans préjudice du droit que je me réserve d’entreprendre des actions auprès des autorités ghanéennes pour leur exprimer mon ras-le-bol devant tant de persécution de la part du gouvernement ivoirien, laquelle persécution porte atteinte à mes droits de réfugié à la protection desquels elles se sont astreintes en m’accordant le statut de réfugié, comme l’a également relevé le juge ghanéen dans sa décision précitée.
Ayant été interdit de séjour, pour des raisons politiques, dans ma région natale de septembre 2002 à mars 2007 à cause de la rébellion créée par les tenants actuels du pouvoir, fui mon pays le 13 avril 2011 pour échapper à une mort certaine pour des raisons politiques, je n’entends point fuir le Ghana, mon pays d’accueil, pour les mêmes motifs politiques. Ce faisant, je ferais montre d’ingratitude vis-à-vis du gouvernement et du peuple ghanéens, qui n’ont jamais exprimé, sous quelque forme que ce soit, une hostilité collective et généralisée à l’égard des réfugiés ivoiriens qui vivent sur leur sol depuis plus de 7 ans. Mon pays, la Côte d’Ivoire, me manque, et je suis pressé d’y retourner, mais pas de manière forcée.
 
J’entends me battre pour mettre définitivement fin à cette politique de haine menée contre moi depuis plus d’une décennie. Trop, c’est trop."

Justin Katinan KONE
Ancien ministre
Porte-parole du Président Laurent GBAGBO
Vice-Président du FPI
Vice-Président de la Coordination du FPI en exil
 
 

 

 


A la Cour Pénale Internationale
 
L'équipe de la Défense du Président Laurent Gbagbo dirigée par Maître Altit vient, à son tour, de présenter ses observations sur le mémoire déposé par la Procureure.
 
Dans ce texte (en français) en date du 2 mai 2018, Me Altit présente de façon détaillée les raisons justifiant une procédure de "no case to answer" (requête aux fins d'acquittement sur une ou sur l'ensemble des charges) dont la plus évidente est la faiblesse du contenu du document remis par la Procureure.
De la même façon que les éléments qu'elle avait fournis initialement (en 2013) pour la confirmation des charges étaient si peu probants que la Chambre préliminaire lui avait demandé de fournir d'autres éléments de preuve, le mémoire présenté aujourd'hui montre la même insuffisance : absence d'expertises balistiques, non-authentification des documents, utilisation massive du ouï-dire, etc.
Sans compter le pivot de l'accusation, le présumé "plan commun" sur lequel la Procureure "n'a, de son propre aveu, aucune preuve directe", alors que "c'est le postulat de l'existence d'un plan commun qui fonde toutes les accusations et toute la thèse du Procureur".
 
 

 


A la Cour Pénale Internationale
 
Conformément à la demande de la Chambre de Première Instance I qui instruit le procès conjoint de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, l'équipe de la Défense de Charles Blé Goudé a déposé ses observations sur le mémoire remis par la Procureure Fatou Bensouda. Dans ce mémoire, la Procureure était censée démontrer en quoi chaque témoignage qu'elle avait produit venait appuyer les éléments de charges retenus.
 
Les observations de Maître Geert-Jan Alexander Knoops et Maître Claver N'Dry, avocats de Charles Blé Goudé, sur le document remis par la Procureure ont été diffusées le 25 avril 2018. Dans cette version (en anglais) ne figurent pas les extraits du mémoire ayant donné lieu à commentaire. Cependant l'élément essentiel est le choix formulé par Charles Blé Goudé, par la voix de ses avocats, de déposer une motion de "no case to answer", c'est à dire une requête aux fins d'acquittement.
 
 
 

Refus réitéré d'une mise en liberté provisoire du Président Laurent Gbagbo par la Chambre de Première Instance de la CPI (à 2 voix contre 1) !

 

Y a-t-il démonstration plus claire de la volonté de ne pas le laisser sortir des chaînes de la détention, même en semi-liberté ?
En effet, voici un homme présumé innocent qui croupit en prison depuis 7 ans, alors que la Procureure Fatou Bensouda n'a apporté aucun témoignage permettant de l'incriminer ; sans compter les manoeuvres secrètes dénoncées par un consortium de journalistes d'investigation et reprises par Médiapart (cf : "Les secrets de la Cour").
Aujourd'hui, la CPI est confrontée à la pression de l'opinion africaine et des personnes qui, au sein même de l'institution, défendent le respect des droits de l'homme à travers celui de la présomption d'innocence, pression à laquelle s'ajoute l'incapacité à apporter une quelconque preuve aux accusations avancées.
A cette croisée des chemins, nous pouvons nous poser la question : alors qu'aucune inculpation ne fut jusqu'aujourd'hui prononcée à l'encontre des forces proOuattara coupables, rappelons-le, de massacres de masse très précisément documentés à Bouaké, Duékoué, Nahibly, Anonkoua Kouté entre autres, la CPI serait-elle prête à poursuivre les auteurs de ces très graves exactions pour ne pas se trouver dans l'obligation de libérer Laurent Gbagbo ?
A cette croisée des chemins, ne relâchons pas nos efforts pour obtenir la libération de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé !
 
La Décision de la Chambre en date du 20 avril 2018 (en anglais) :
 
La position divergente du Juge Président Cuno Tarfusser :
 
Maître Habiba Touré a répondu par téléphone aux questions de la BBC sur cette décision :
 
 
 

Interview de Maître Habiba Touré par la radio allemande Deutsche Welle (4 avril 2018)

(Source : DW, 4 avril 2018)

 

Transcription de l'interview :
Où est-ce qu’on en est avec la demande de libération provisoire de Laurent Gbagbo ?
Pour l’instant, nous ne sommes pas au stade d’une demande de liberté provisoire. On est au stade d’analyser les éléments de preuves et de mémoire soumis par le bureau du procureur, Mme Bensouda, à la suite de la fin des témoignages de tous ses témoins. Dès lors, c’est plutôt ses documents que la Défense, actuellement, analyse en vue de présenter, à son tour, des observations. Voilà ce que je peux vous dire quant au niveau de la procédure.
 
Vous vous êtes basés sur quels éléments pour solliciter cette demande de liberté provisoire ?
Non ! Comme je vous l’ai indiqué, aujourd’hui on n’est pas au stade de la demande d’une remise en liberté provisoire. Maintenant, s’il doit y avoir une demande de mise en liberté provisoire, il est évident qu’elle sera fondée. Mais, comme au regard de l’actualité judiciaire sur le fait aussi que le bureau du procureur a fini de présenter tous ces témoins, donc une mise en liberté du président Laurent Gbagbo ne pourrait pas nuire ou gêner les témoins. On ne pourrait même pas faire de pression éventuelle sur des témoins vu qu’ils sont déjà tous passés. Donc, aujourd’hui, au regard de la durée de la procédure, du fait quand même que le président Laurent Gbagbo est présumé innocent et outre le fait que tous les témoins d’accusation sont passés, il revient maintenant aux témoins de la Défense de passer. Rien ne justifie de maintenir en détention le président Laurent Gbagbo. Donc il est évident qu’au regard de ces éléments, nous espérons, bien évidemment, que, par la suite, la mise en liberté provisoire puisse aboutir à la libération effective de Laurent Gbagbo.
 
L’année dernière, nos confrères de « Jeune Afrique » avaient laissé entendre dans l’une de leurs parutions que Laurent Gbagbo aurait choisi la Belgique pour vivre en cas de liberté provisoire ?
Je l’ai tu comme vous. Mais, bien évidemment, c’est une rumeur. Je ne sais pas trop sur quoi se fondent vos Confrères de "Jeune Afrique". Ce n’est qu’une rumeur. La question fondamentale qui se pose à la Défense, outre le fait de répliquer aux éléments de preuves de Mme le procureur, c’est surtout d’obtenir une demande de mise en liberté provisoire. Ce sont les arguments que je vous ai indiqués, et bien d’autres évidemment. Et, par la suite, la question du pays va se poser. Donc, à mon avis, j’estime que, pour nous, c’est une rumeur, ce n’est pas grand-chose. Mais, une rumeur journalistique.
 
Me Emmanuel Altit, qui est l’un de vos confrères et aussi un conseiller de Laurent Gbagbo, pense qu‘il y a du dilatoire dans le dossier de Laurent Gbagbo. Est-ce que vous pensez partager son point de vue ?
Écoutez, ça fait 7 ans que ça dure!
 
Peut être que c’est la procédure de la Cour pénale internationale qui est comme ça ?
Oui, mais, dans ce cas là, vous ne privez pas un homme de 7 ans de liberté, 7 ans de sa vie ? Ça fait 7 ans que ça dure. Je pense qu’il faut une certaine logique. Vous prenez tous les systèmes judiciaires des pays occidentaux, vous verrez qu‘une détention de 7 ans est anormalement longue. C‘est même contraire à la position de la Cour européenne des droits de l’Homme. On peut nous expliquer que la procédure est particulière à la Cpi, que les faits reprochés sont graves. Mais, certes, il demeure présumé innocent. Ça. Il ne faut pas l’oublier tout de même. Dès lors qu’une procédure est aussi longue, qu’il y ait des suspensions d’audiences motivées par le fait que la Cour n’a pas les moyens de poursuivre les audiences et qu’elle décide de la suspension des audiences pour reprendre, comment pouvez-vous justifier qu’on prive un homme de sa liberté, puisqu’on est dans les [chaînes] de la détention en faisant état de manque de moyen de la Cour ? Ce n’est pas normal. Ce n’est même pas un argument juridique. Évidemment qu’il y a du dilatoire. Il est manifeste et se fait au détriment de la liberté d’un homme qui est présumé innocent.
 
Jusqu’à présent les témoins, donc de la défense, vous disiez, ne sont pas passés à la barre. Vous espérez de les voir à la barre sous peu ?
Pour l’instant, comme je vous l’ai indiqué, c’est la première étape parce que le calendrier n’a pas encore été déterminé par la Cour. Aujourd’hui, ce que la Cour demande des parties, donc, des défenses du président Laurent Gbagbo et du ministre Charles Blé Goudé, c‘est de répliquer, de faire leurs observations encore une fois sur le mémoire du bureau du procureur. Ce n’est qu‘après au regard de ce que le bureau du procureur indique qu’une liste de témoins sera ou non soumise Et pour l’instant les défenses respectives analysent les éléments et répliqueront. Souffrez que pour l’instant, on ne puisse vous donner un peu plus d’éléments Mais en tout cas, ce qui est certain, on peut vous dire qu’aujourd’hui il y a des temps de phases de travail intense parce que les délais donnés sont assez courts.
 
Les témoins qui se sont succédé à la barre se sont quelquefois contredits. Pour vous, c’est la preuve qu’il s’agit là d’un procès politique ?
Ce n’est pas le fait que des témoins se contredisent qui montre que c’est un procès politique. Vous savez que, même dans les affaires de droit commun, des témoins peuvent se contredire. Donc ce n’est pas ça qui montre, pour moi, que c’est un procès politique. Ce qui montre malheureusement que c’est un procès politique, c’est l’attitude du procureur Ocampo à l’époque et du procureur Bensouda aujourd’hui. Le procureur Ocampo, vous avez dû, voir vous-mêmes, que vos confrères du journal « Mediapart » ont fait l’écho de tous les scandales qui affectent le procureur Ocampo. Du fait qu’il se soit finalement intéressé au cas du président Laurent Gbagbo, sollicitant même son maintien en détention alors qu’il n’était même pas saisi et que la Cour pénale internationale n’avait. même pas encore pris l’affaire. Donc, dès lors, on voit bien que l’attitude du procureur est une attitude parfaitement partisane, voire politique, dans la mesure où on prend attache avec l’adversaire du président Laurent Gbagbo qui a été installé au pouvoir et on lui demande de maintenir en détention le président Laurent Gbagbo. Détention dont la légalité se pose puisqu’au moment où il était détenu il n’était pas inculpé. Il n’était pas mis en examen. Donc, c’était une détention arbitraire. C’est ce qui nous fait dire que l’attitude du procureur est vraiment problématique.
Autre chose, on poursuit le président Laurent Gbagbo pour une crise postélectorale et sa procédure à lui concerne 300 victimes avec des ayants droit, C’est-à-dire, les héritiers de personnes décédées. On arrive à 600 victimes pour une crise qui a fait plus de 3000 morts officiellement avec une enquête concernant le président Laurent Gbagbo et des faits qui lui sont reprochés qui n’a duré qu’un mois avant l’émission de mandats d’arrêt. Et de l’autre côté, pour 7 ans de procédure et 7 ans d’enquête, on voit que le bureau du procureur n’a délivré aucun mandat d’arrêt, par exemple sur les massacres de Duékoué et ce qui est arrivé à Nahibly. Aucun mandat d’arrêt n’a été délivré. Le procureur sait très bien qu’il y a des milliers de gens qui ont tout perdu, ont été violés, massacrés, persécutés et qui sont aujourd’hui parqués dans des camps de réfugiés au Ghana et au Togo. Mais le bureau du procureur ne fait rien pour ces gens là qui réclament justice. Donc. .on voit bien c’est cette manière de se comporter qui met en évidence le caractère politique. Car, si on se soucie des victimes, de toutes les victimes, on ne fait pas de distinction. La Côte d’Ivoire a besoin de se réconcilier. Pour se réconcilier: il faut une vérité et cette vérité, c’est aussi prendre en considération toutes les victimes et pas avoir une vision manichéenne et accabler le président Laurent Gbagbo de 300 victimes directes pour lesquelles on a du mal à apporter des preuves de sa culpabilité; Alors que vous avez-des survivants. Vous avez des rapports d’Ong, des témoignages de gens qui vous parlent de ce qui s’est passé à Duékoué. C’est un génocide qui est intervenu, il est parfaitement scandaleux et irresponsable de la part de Mme la procureure de ne pas rendre justice à ces victimes.
 
Si je vous comprends bien, vous souhaitez que ceux qui sont impliqués dans les violences dans le camp Ouattara puissent également répondre de leurs actes ?
Je veux la justice pour toutes les victimes, et évidemment que ce soit pour le président Ouattara lui-même, qu’il s’agisse de M. Soro, des Comzones ou de toutes autres personnes suspectées et qui après avoir accompli de graves crimes contre l’humanité, doivent pouvoir répondre de leurs actes devant la Cour pénale internationale. Sinon, nous donnerons l’impression que cette Cour est là pour mettre à l’ombre de redoutables adversaires politiques et pas pour rendre justice aux victimes. Pour la paix en Côte d’Ivoire, pour la réconciliation, vous ne pouvez  pas faire comme s’il n’y avait pas des gens qui étaient parqués dans des camps de réfugiés dans toute la sous région. Vous ne pouvez pas faire comme si Duékoué, Bloléquin, Guitrozon n’avaient pas existé ? Ce n’est pas possible. Il faut rendre justice à toutes ces victimes. Le silence gardé par le bureau du procureur la rend coupable. C’est un silence coupable. Une inertie coupable parce qu’elle fait du mal aux victimes qui désespèrent de la justice et qui pourraient demain se faire justice elles-mêmes. Et ce moment-là sera gravissime pour la paix en Côte d’Ivoire, pour la stabilité du pays et même pour la cohésion nationale. C’est fondamental que la justice parle. (…) Si le procureur ne veut pas avoir l‘impression de faire plus de politique qu’autre chose, elle doit rendre justice. Et puis petite précision quand même, sous le président Laurent Gbagbo qu’on présente comme un vilain dictateur qui massacrait son peuple, il n’y a jamais eu de camp de réfugiés. il n’y a jamais eu de camp de réfugiés ivoiriens dans toute la sous-région.
 
Justement, vous parlez des réfugiés ivoiriens au Ghana, pensez-vous que les dossiers qui sont constitués sont crédibles ?
Quand vous avez été violé, massacré, quand vous avez perdu tout votre famille, des enfants, est-ce qu’on peut remettre en question leur crédibilité à moins de sombrer dans le négationnisme et nous dire que Duékoué n’a jamais existé, qu’il n’y a pas eu de massacre dans cette localité et que finalement les vidéos sont des inventions ? Donc, évidemment, ce sont des éléments crédibles. La seule existence de ces victimes, de ces rescapées, constitue des preuves crédibles qui témoignent des exactions "graves qui sont intervenues en Côte d’Ivoire. Et il ne faut pas les passer sous silence.
 
Me Habiba, il y a quelques mois,  certains chefs d’États africains ont initié une pétition pour exiger la libération de votre client Laurent Gbagbo. Où en est-on avec cette pétition ?
La pétition avait réuni des millions de personnes et c’était une très bonne chose. On a vu effectivement que le président Laurent Gbagbo était assez populaire sur le continent africain puisque ce qu’il vit est perçu comme une véritable injustice. Ce qui n’est pas faux. Il suffit de regarder le procès pour se rendre compte que c’est un petit peu aberrant ce qui lui est fait. Mais il n’en demeure pas moins qu’il y ait une procédure judiciaire qui n’effraie pas le président Laurent Gbagbo mais pour laquelle il demande une certaine équité et qu’on respecte sa présomption d’innocence.
 
Revenons sur l’affaire des Ivoiriens réfugiés au Ghana. Quand est-ce qu’ils vont déposer le dossier incriminant le régime actuel en place à Abidjan ?
Vous avez un peu plus de 1000 victimes qui ont rempli des dossiers qui ont été déposés auprès de la Cour pénale internationale en janvier 2016. Vous avez, ensuite, 3000 victimes qui ont également dénoncé des crimes et les exactions qu’elles ont subis, en octobre 2016 et en janvier 2017. Donc, ça fait en tout plus de 4000 victimes que Me Dadjé et moi-même, avons aidées pour qu’elles obtiennent justice en déposant leurs dossiers de dénonciation de crimes auprès de la Cour pénale internationale. Mon confrère, Me Dadjé était encore récemment au Ghana pour expliquer, informer ceux qui ont rempli les dossiers, mais également ceux qui n’en ont pas rempli la procédure de la Cpi et leur dire comment cela fonctionne. Et leur droit dans le cas où cette procédure devait être enclenchée. Et à cette occasion, il y a encore de milliers de victimes qui continuent de remplir des dossiers parce qu’elles toutes sont très attachées à l’idée d’être reconnues comme des victimes et que justice leur soit rendue.
 
Connaissant les modes de saisine de la Cpi, pensez-vous vraiment, Me Habiba Touré, que cette saisine pourrait prospérer ?
La Cour pénale internationale est instituée initialement sur l’idée qu‘on devait mettre fin à l’impunité et que justice devait être rendue aux victimes sans qu’on puisse prendre en considération le fait que les bourreaux soient des chefs d’État, des militaires, des hauts gradés de l’armée ou des chefs d’État en exercice ou pas. C’était ça le principe. Qu’est-ce qu’on constate dans le dossier ivoirien ? C’est que des milliers de victimes de 2002 réclament justice sans que justice ne leur soit rendue. Donc, il ne s’agit pas pour elles de se bercer d’illusions. Il s’agit que chacun assume ses responsabilités devant la justice et devant l’histoire. Elles vont continuer à dénoncer les crimes qu’elles ont subis, parce qu’elles y tiennent. Maintenant. Si Mme la procureure décide de ne rien faire après tout, c’est son droit. Mais, elle sera tenue pour responsable des graves exactions ou de la vengeance que pourraient vouloir les victimes d’aujourd’hui. Parce que celles d’aujourd’hui peuvent se transformer en bourreaux de demain. Vous savez, quand on désespère de la justice, on finit par se venger et ce n’est jamais bon pour l’unité nationale. Donc chacun doit être mis face à ses responsabilités et sortir de cette hypocrisie. Si Mme le procureur estime qu’elle lutte pour les victimes comme elle le prétend et qu’elle veut rendre justice aux victimes, dans ce cas, elle engagera des poursuites. Si elle ne le fait pas, tout le monde ne le fait pas, tout le monde pourra constater l’inertie et donc finalement une complicité passive du bureau du procureur dans le dossier ivoirien.
 
Et où est-ce qu’on en est avec le dossier de Charles Blé Goudé ?
Il en est au même niveau que celui du président Gbagbo. C’est-à-dire que les deux défenses analysent en ce moment le mémoire présenté et les annexes présentées par l’Accusation, et elles feront toutes les deux des observations.
 
Et à quand la prochaine comparution de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé ?
On n’a pas encore de date. Pour l’instant, on est au stade d’analyse, et par la suite, du dépôt des observations.
 
Peut-être avant la fin de l’année 2018 ?
C’est fort possible.
 

Transcription par Marcel Desogno

(Source : Le Temps infos, 6 avril 2018)
 
 

 

 

 


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