Amnistie, les analyses Posté le 11/08/2018 - Par Admin Actualité judiciaire

Conférence de presse de la FIDHOP
(Fondation Ivoirienne pour les Droits de l'Homme et la vie Politique)
Paris, 7 août 2018
Thème : "Un sursaut national pour sauver la Côte d'Ivoire"
 
 
Extraits des interventions :
(avec la participation de Raphaël Dagbo, président des Amis de Laurent Gbagbo)

 

 
Vidéo mise en ligne par Eventnewtv presse le 8 août 2018
Durée : 39.30 mn
 
 
Intervention complète du Dr Boga Sako Gervais :

 

 

 

Vidéo mise en ligne par Diaspotv Groupe 2GMK le 8 août 2018
Durée : 25.42 mn

 

 

 

 

L'analyse de Fanny Pigeaud

 

Côte d'Ivoire : lâché de toutes parts, le président Ouattara consent à quelques concessions

 

 

Extraits :

 
Le vent tourne en Côte d’Ivoire. Lundi 6 août, le président Alassane Ouattara a annoncé l’amnistie de huit cents personnes dont Simone Gbagbo, l’épouse de l’ancien président, libérée dès ce mercredi. Un scénario inimaginable il y a encore quelques mois.
 
Un magma bouillonnant et mouvant. C’est ce à quoi ressemble aujourd’hui la scène politique ivoirienne, en plein bouleversement après plusieurs années d’atonie. De manière stupéfiante, les rapports de force sont en train de changer, des alliances se désagrègent et d’autres se constituent dans un enchaînement d’événements qui semble s’accélérer. En ligne de mire, l’élection présidentielle de 2020. Et au milieu, le président Alassane Ouattara, 76 ans, et son parti, le Rassemblement des républicains (RDR), de plus en plus seuls.

(...)

 

Alassane Ouattara n’a pas fait ces quelques concessions délibérément. Il y a été contraint. Les ambassadeurs des pays de l’Union européenne, ses principaux partenaires, ont récemment laissé fuiter un rapport confidentiel dans lequel ils dressent un bilan catastrophique de sa présidence. Ils y évoquent des autorités qui se « montrent hermétiques aux critiques internes ou externes, et semblent désireuses de ne laisser aucun lieu de pouvoir leur échapper », un pouvoir qui est « trop faible politiquement pour accepter le jeu démocratique », la « rhétorique » du RDR qui est « guerrière », une « “classe dirigeante” dont l’enrichissement (…) est parfois spectaculaire ».
 
Soulignant eux aussi la nécessité de revoir la CEI, ils observent que la société ivoirienne est « de plus en plus agitée par un mécontentement perceptible », y compris au sein de la population, « principalement du nord », qui le soutenait en 2010. Les diplomates affirment que « le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté a augmenté entre 2011 et 2016 », tout en s’inquiétant de la lenteur des réformes du secteur sécuritaire – l’année 2017 a été marquée par des mutineries à répétition.

 

À lui seul, ce rapport accablant, dont l’Agence France-Presse s’est fait l’écho le 2 août, est un événement et le signe d’un incroyable retournement de situation. Pendant sept ans, jamais les pays membres de l’UE n’ont émis la moindre critique publique sur la gouvernance d’Alassane Ouattara, bien que les maux dénoncés aujourd’hui aient existé dès ses débuts à la présidence – avec, en plus, d’innombrables violations des droits de l’homme.
 
Cela s’explique : c’est grâce au soutien politique, financier et militaire des États européens, la France en tête, qu’il a pu prendre les rênes de la Côte d’Ivoire. Il avait alors toutes leurs faveurs. En retour, il a facilité leurs affaires dans le pays. Mais, aujourd’hui, le pouvoir de celui qui fut directeur général adjoint du Fonds monétaire international est en train de s’effondrer. À tel point qu’il pourrait y avoir des conséquences sur les investissements étrangers, estiment les ambassadeurs de l’UE, qui écrivent : « L’enjeu est qu’en vue de l’échéance de 2020, les dérives constatées actuellement ne conduisent pas à de nouvelles difficultés majeures, qui seraient aussi dommageables aux citoyens ivoiriens qu’aux intérêts européens. » Ils reprochent aussi aux autorités d’être de plus en plus rétives à leurs demandes de dialogue et donc de ne plus obéir à leurs desiderata.
 
Alassane Ouattara n’a pas seulement perdu le soutien des Occidentaux et du nord ivoirien. Il est aussi, et c’est lié, lâché par son principal allié politique, l’ex-président Henri Konan Bédié, qui dirige le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA). Lors de la présidentielle de 2010, les deux hommes avaient formé une coalition contre le Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo. Henri Konan Bédié, 84 ans, avait appelé à voter au second tour pour Alassane Ouattara. RDR et PDCI-RDA s’étaient ensuite partagé le pouvoir.
 
Mais depuis quelques mois, leurs relations sont devenues conflictuelles. Le lien semble même rompu depuis que la direction du PDCI-RDA a refusé, en juin, de créer un « parti unifié » avec le RDR. Ce projet était porté par Alassane Ouattara et devait lui profiter, le RDR ayant un poids politique bien moindre que le PDCI-RDA, ancien parti unique fondé par le président Félix Houphouët-Boigny (1960-1993).

(...)

 
Le PDCI-RDA sait que Laurent Gbagbo, qui jouit toujours d’une grande popularité, pourrait retrouver la liberté d’ici à quelques mois, à l’issue de l’examen de sa demande de non-lieu déposée fin juillet. En cas de libération de l’ex-président, son parti, le FPI, très affaibli par les années de présidence Ouattara, retrouvera de la vigueur, tout comme le reste de l’opposition qui a longtemps vécu dans un climat de peur. Le pouvoir aura du mal à survivre politiquement.
(...)
 
In : Médiapart, 8 août 2018
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Contribution
Lue sur Facebook, le 9 août 2018
 
BONJOUR À TOUS
C'EST VOTRE VICTOIRE, LA VICTOIRE DES DÉMOCRATES
 
J'ai décidé de faire cette contribution parce que quelqu'un, qui se reconnaîtra, a écrit ceci en réponse certainement à ceux qui disent que Ouattara n'avait pas le choix : " Ko «il n’avait pas le choix !» Il n'avait pas quel choix? S'il ne les avait pas libéré vous auriez fait quoi ? Dans ça là aussi vous allez être arrogants, comme si vous l'aviez obligé? Depuis plus 7 ans on parle, on bavarde, le Mr fait ce qu'il veut et puis ya rien ! "(sic).
 
Quelle était donc la situation avant la libération des prisonniers politiques et la décision de Ouattara de revoir la composition de la Commission Électorale Indépendante (CEI ) ?
 
D'abord, il faut dire que le statut des prisonniers politiques était nié, occulté, et des gens ont même été condamnés pour les avoir présentés objectivement comme tels. Adou Richard, le procureur au service de Ouattara, disait sur RFI qu'il n'y a pas de prisonniers politiques en Côte d'Ivoire.
 
Raphaël Lakpé, le patron du Conseil National de la Presse (CNP) sévissait sans retenue contre les journaux dits bleus qui se battaient pour éviter l'indifférence et l'oubli aux personnes injustement incarcérées. Ivre de puissance, le 26 juillet dernier, Ouattara voulait faire rejuger Simone Gbagbo qu'il maintenait pourtant en prison. Ouattara faisait donc croire qu'il n'y a pas de prisonniers politiques, que tout allait bien dans le pays. Il faisait aussi croire que tous les exilés étaient rentrés et qu'il ne restait plus en exil qu'une poignée d'irréductibles. Au cours d'une réunion du RDR, il annonçait de nouveaux mandats d'arrêt internationaux contre deux exilés Damana Pickass et Stéphane Kipre. Voilà pour les prisonniers politiques et les exilés.
 
Pour ce qui concerne la Commission Electorale Indépendante (CEI), Ouattara faisait dire et croire qu'elle ne changerait qu'après les prochaines élections (communiqué de Ahoussou Jeannot) parce qu'elle était selon lui consensuelle, il l'a encore répété dans son discours du 06 août avant de dire qu'il veut se conformer à l'arrêt de la Cour Africaine des Droits de l'homme et des Peuples qui avait jugé cette commission " illégale et impartiale ". Rappelons que, sûr de lui, il n'avait pas hésité à jeter en prison ceux qui ont manifesté pour réclamer une CEI consensuelle et conforme à la décision de cette cour africaine.
 
Voilà donc quelles étaient les dispositions de Ouattara mais les démocrates ivoiriens n'ont jamais abdiqué. Ils ont organisé des manifestations, fait des conférences pour bavarder, des colloques pour bavarder, écrit des livres pour bavarder, des articles pour bavarder, chanté, crié pour se faire entendre. Et c'est parce qu'ils n'ont pas baissé les bras que leur cause a trouvé de nouveaux défenseurs alors qu'après le 11 avril 2011, ils étaient ostracisés, méprisés, leurs douleurs et souffrances niées. Au fur et à mesure, des personnes qui ont une certaine audience les ont rejoints et ont pris position publiquement. Certains ont écrit des livres, et d'autres ont fait des conférences, des émissions. Des hommes politiques africains et européens ont interpellé sur l'injustice qui règne en Côte d'Ivoire. Même des organisations qui nous étaient hostiles ont dû emboucher la même trompette que nous pour dénoncer par exemple la justice des vainqueurs. Etc.
 
C'est parce que les démocrates ivoiriens ont dénoncé l'injustice et sont restés debout, parce qu'ils ont mis en avant leurs revendications démocratiques, c'est parce qu'ils ont dénoncé la CEI de Youssouf Bakayoko et boycotté régulièrement la mascarade électorale organisée, obligeant Ouattara et son homme de mission à inventer des taux de participation pour essayer de cacher le rejet de son régime et son impopularité que ceux qui fermaient les yeux ont fini par admettre les tensions liées à la question électorale et des tensions sociales en Côte d'Ivoire.
 
Autrement dit, si ces démocrates s'étaient couchés, s'ils avaient abandonné leurs leaders en se disant qu'on ne revient pas de l'enfer où l'impérialisme les a jetés en Côte d'Ivoire et en Europe, et que leurs efforts ne peuvent qu'être vains, s'ils n'avaient pas tenu comme le leur a demandé le président Gbagbo, leurs adversaires auraient eu beau jeu de faire croire que le pays est pacifié, que les tensions sociales sont apaisées et que la paix est revenue. Et ils auraient conclu sans crainte d'être contredits que le président Gbagbo et ceux qui ont travaillé avec lui étaient responsables de la situation de désordre à laquelle le pays a été confronté et que n'étant plus là, celui-ci a donc logiquement retrouvé son calme.
 
Non, c'est parce que les démocrates sont restés debout, hostiles à l'ordre injuste que le régime a établi dans le pays avec la confiscation des libertés, la justice des vainqueurs, le rattrapage ethnique, les licenciements sur des bases ethniques ou politiques, les concours de la fonction publique où les admis se ressemblent, les expropriations abusives, etc, que l'Union européenne et les observateurs de la vie politique et sociale ivoirienne ont conclu que Ouattara n'a pas réussi à réconcilier les ivoiriens là où lui-même tentait de faire croire à la réconciliation, à la stabilité et à la paix dont il serait le meilleur garant, ce qui devait même justifier une éventuelle nouvelle candidature.
 
Non, c'est parce que les démocrates sont restés mobilisés et n'ont pas arrêté de dénoncer le régime Ouattara que l'Union Européenne a parlé de " dérive autoritaire " alors qu'il y a longtemps que les démocrates ivoiriens subissent l'arbitraire des emprisonnements sans cause, de l'exil forcé, des comptes illégalement gelés, des violences de tous ordres.
 
Il faut donc prendre en compte cette réalité et ne pas penser que Ouattara s'est levé un matin et a voulu faire plaisir à on ne sait qui. Ces libérations ont été provoquées, et nous pouvons donc dire que c'est la victoire de tous ceux qui se sont battus pour les prisonniers politiques et pour la CEI, même si pour le deuxième point il faudra attendre encore un peu avant de tirer des conclusions.
 
IL FAUT RESPECTER LE COMBAT DE CEUX QUI FONT DES SACRIFICES.
Bonne journée à tous
 
 
 
 


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