Les dessous de la Cour Pénale Internationale Posté le 30/09/2017 - Par Admin 1 Actualité judiciaire

Les secrets de la Cour : dossiers publiés par Médiapart

Plus de 40 000 documents confidentiels obtenus par le journal en ligne Mediapart et analysés par l’European Investigative Collaborations, jettent une lumière crue sur les pratiques de la CPI.
A partir de ces informations, trois dossiers ont été publiés le 29 septembre 2017.
Les articles et dossiers de Médiapart sont accessibles dans leur version complète sur abonnement.
 
- "Les secrets de la Cour" : une semaine de révélations, par Fabrice Arfi et Stéphanie Maupas
Extraits :
C'est l’histoire d’un procureur qui rêvait de changer le monde. Pendant neuf ans, Luis Moreno Ocampo a été le visage de la Cour pénale internationale (CPI). Née dans le sillage du tribunal de Nuremberg, la CPI devait mettre fin à l’impunité des criminels de masse, auteurs de génocide, de crimes contre l’humanité et crimes de guerre.
(...)
Premier procureur de la CPI, Luis Moreno Ocampo en a bâti les fondements. Mais au lieu de bétonner des dossiers solides, d’obtenir des condamnations, il s’est vu tel un ministre des affaires étrangères global, parti en croisade contre ceux qu’il aura lui-même placés dans les forces du mal. En substance, les ennemis de ses propres amis.
(...)
Pendant six mois, huit médias membres de l’European Investigative Collaborations (EIC) ont analysé plus de 40 000 documents obtenus par Mediapart, des notes et télégrammes diplomatiques, des mémos internes, des correspondances, des documents bancaires. Il s’agit de la plus grande fuite de documents concernant la justice internationale. Et ils sont accablants.
Les Secrets de la Cour montrent comment l’ex-procureur Ocampo a investi dans les pires paradis fiscaux de la planète, nui à la confidentialité des dossiers, usé de l’institution publique internationale comme d’une propriété privée ; comment, après son départ de La Haye, il a interféré dans les dossiers de celle qui lui a succédé, Fatou Bensouda, et sombré dans des conflits d’intérêts au mépris de sa mission passée et d’une certaine idée de justice.
(...)
À l’époque de la crise post-électorale de 2010 et 2011 en Côte d’Ivoire, le procureur s’est prêté aux manœuvres des dirigeants français visant à écarter Laurent Gbagbo de la scène politique ivoirienne, quitte à monter un dossier sans base légale.
(...)
 
- Le business du crime de guerre, par Stéphanie Maupas et Hanneke Chin-A-Fo (NRC)
Un ancien procureur de la Cour pénale internationale qui défend les intérêts d’un homme d'affaires milliardaire, soutien de potentiels criminels de guerre ? C’est l’exploit réalisé en 2015 par Luis Moreno Ocampo sur fond d’après-guerre en Libye. Moyennant 750 000 dollars.
 
- Ocampo : "Mon salaire n'était pas suffisant", par Fabrice Arfi et Sven Becker (DER SPIEGEL)
Extraits :
Depuis son bureau de la Cour pénale internationale (CPI), le procureur Luis Moreno Ocampo gérait plusieurs sociétés implantées dans les pires paradis fiscaux du monde, selon des documents obtenus par Mediapart et analysés par l'EIC. L'ancien magistrat star parle de « choses privées ».
(...)
La question se pose donc aujourd’hui pour Ocampo, visage le plus connu de la CPI : pourquoi le procureur a-t-il caché ses sociétés dans les paradis fiscaux du monde ? Et d’où venait l’argent ?
Des places financières comme le Panama et les îles Vierges britanniques figurent en effet parmi les endroits les plus sûrs de la planète pour dissimuler de l’argent occulte et/ou ne pas payer d’impôt. Les autorités de ces deux pays sont connues pour garder le secret sur l’identité réelle des bénéficiaires économiques des sociétés qui y sont domiciliées et pour être très réticentes à partager des informations (financières ou judiciaires) avec d’autres États. Des trous noirs, en somme.
Le pire est probablement qu’Ocampo ne peut pas l’ignorer pour lui-même. Avant d’avoir été nommé en 2003 procureur en chef de la CPI, il s’était fait une solide réputation de militant anti-corruption, d’abord en tant que magistrat en Argentine, puis comme président de l’ONG Transparency International en Amérique latine.
(...)
Interrogé le 25 septembre par l’EIC sur ses multiples sociétés, à l’occasion d’un déplacement à Londres, Luis Moreno Ocampo a d’abord déclaré : « Je ne crois pas que cela soit vos affaires [...] Ce sont des choses privées. » Avant de s’enferrer dans des explications aussi étonnantes que confuses. « Pendant mon mandat [à la CPI], mon salaire n’était pas suffisant », a-t-il notamment assuré. Pour mémoire, le procureur de la CPI touchait 150 000 euros net/an, non imposables.
(...)
 
La source : l'European Investigative Collaborations (EIC)
"L’opération journalistique Les Secrets de la Cour est le fruit de six mois d’enquête, menée par huit médias internationaux membres de l’European Investigative Collaborations (EIC).
Outre Mediapart, l’opération Les Secrets de la Cour rassemble Der Spiegel (Allemagne), NRC Handelsblad (Pays-Bas), The Sunday Times (Royaume-Uni), El Mundo (Espagne), Le Soir (Belgique), ANCIR (Afrique du Sud), Nacional (Serbie) et The Black Sea, un média en ligne créé par le Centre roumain pour le journalisme d’investigation, qui couvre l’Europe de l’Est et l’Asie centrale."

 

Fatou Bensouda (à dr.), l'actuelle procureure de la CPI,

avec son prédécesseur Luis Moreno Ocampo, le 15 juin 2012. © Reuters

 

 

 

 


Réagir

CAPTCHA