Laurent Gbagbo parle

Avertissement

La parole de Laurent Gbagbo depuis son lieu de détention à Scheveningen aux Pays-Bas est précieuse et utile à connaître.

 

Nous entendons bien que certains contestent la fidélité des propos retranscrits. Mais c'est le lot de toute communication émanant d'une personne privée de liberté et devant, en conséquence, transmettre ses messages par des voies indirectes.

 


 
Abidjan, le 20 avril 2017, à l'occasion du lancement officiel de la plateforme politique "Ensemble pour la Démocratie et la Souveraineté" (EDS)

 

Lecture d'un message du Président Laurent Gbagbo par Philippe Henry Dacoury-Tabley :
 
"C’est avec beaucoup de joie que j’ai appris l’heureuse initiative que vous avez prise de regrouper au sein d’une plateforme politique active toutes celles et tous ceux de nos compatriotes qui partagent notre vision et notre idéal politique.
 
Je salue cette initiative que j’appuie sans réserve. J’en remercie tous les initiateurs ainsi que les organisateurs. Je marque une attention particulière au professeur Armand Ouégnin qui a accepté d’assurer la présidence de cette nouvelle plateforme « Ensemble pour la Démocratie et la Souveraineté » dans un contexte particulièrement difficile, exprimant ainsi la constance de son engagement à nos côtés. A travers lui, j’entends toucher toutes les femmes et tous les hommes connus ou non qui, parce qu’ils ont cru en nous et en la justesse de notre combat politique, continuent de partager avec dignité, la souffrance et les pires formes d’humiliation que l’on nous inflige pendant plus d’un tiers de siècle depuis notre engagement dans la politique.

Toutes ces personnes occupent l’essentiel de mes pensées et sont régulièrement portées dans toutes mes prières. Pour elles et pour tous nos compatriotes, nous ne devons reculer devant aucun sacrifice pour porter jusqu’à son terme, l’idéal qui a justifié notre engagement politique et qui a fondé leur confiance en nous. Il s’agit d’un idéal de liberté totale pour notre peuple. Cet idéal de liberté auquel tous les peuples du monde aspirent doit être incorruptible pour nous. Rien ne doit pouvoir l’altérer. 

Notre conviction de départ n’a jamais changé. Malgré la violence de l’adversité, nous devons continuer de croire à la démocratie comme axe médium qui porte la liberté à son accomplissement total et renforce notre souveraineté en tant que composante de l’humanité.
Seule la solidité de notre engagement fondée sur la foi en un avenir meilleur pour notre peuple peut cicatriser les blessures profondes que les différentes forces contraires nous ont portées. Nous avons le devoir moral de soulager les souffrances de nos compatriotes et d’activer leur espérance. Chaque fois que nous nous rassemblons dans la sincérité autour d’un idéal commun, nous renforçons le crédit de notre combat politique, et, ainsi, nous soulageons nos compatriotes. C’est pourquoi, j’en appelle à la compréhension et au bon sens de tous ceux qui s’identifient en nous et qui croient à l’idéal de notre combat politique afin qu’ils rejoignent ce mouvement de rassemblement.
 
Certaines valeurs constituent des référents solides de notre parcours politique commun. De toutes ces valeurs, l’humilité nous a permis de surmonter toutes les épreuves que nous avons traversées ensemble. Que chacun tire le maximum de notre expérience commune pour trouver à la fois les raisons et l’énergie du dépassement de soi. Les combats justes sont toujours difficiles à mener, mais ils se gagnent toujours pour peu que ceux qui les mènent ne se départissent jamais de l’idéal qui a qui justifié lesdits combats. Nous sortirons vainqueurs de cette épreuve.
Ce n’est pas seulement une conviction, c’est une certitude que je voudrais partager avec chacune de vous et chacun de vous. Courage à vous hommes et femmes de bonne volonté. Bonne chance au mouvement « Ensemble pour la Démocratie et la Souveraineté.
 
Que Dieu bénisse la Côte d'Ivoire !
Pour le Président Laurent GBAGBO"

 

(Source de la transcription : Le Combattant, avril 2017)


 

 

 

Hommage de Laurent Gbagbo à sa mère Gado Marguerite

L'autorisation d'accompagner sa mère lors de son inhumation lui ayant été refusée par la CPI, Laurent Gbagbo a fait lire lors de la cérémonie des obsèques (6-7 février 2015) un message dont voici la transcription :


"Pour mes amis Sangaré et Dacoury :
 

Chers amis,
 

Je voudrais tout d’abord vous remercier d’avoir accepté d’organiser les funérailles de maman. J’en suis profondément touché. Puis-je vous demander aussi de prononcer en mon nom, ces quelques mots :
 

Chers amis. C’est le cœur lourd que je voudrais dire quelques mots sur ma mère, une femme volontaire, un modèle de courage. Bien qu’issue d’une famille modeste et elle-même illettrée, ma mère a tout de suite compris l’importance de l’école. Elle nous a poussés de toutes ses forces, ma sœur Jeannette et moi-même, ses deux seuls enfants que le sort lui avait laissés, à apprendre à comprendre et à aller aussi loin que possible. Je dois dire ici combien le rôle de mon père a été aussi de ce point de vue important. Nos deux parents, à Jeannette et moi, partageaient la même vision du monde, les mêmes espoirs pour leurs enfants, la même foi en l’avenir. Mon père, comme vous le savez, était un ancien combattant de la Seconde guerre mondiale et croyait en l’Education, aux efforts pour se réaliser. En 1962, j’ai obtenu mon Bepc. C’était une réussite. Et pour tous, un moment important. De bonnes âmes ont alors conseillé à ma mère de me convaincre de devenir instituteur, une fonction qui m’était désormais ouverte. Cela nous aurait permis, et d’abord à elle, de vivre mieux. Son ambition était plus haute. Elle a refusé et leur a répondu haut et fort : « Mon fils ira à l’école aussi loin que son intelligence le permettra et moi je suis prête à faire tous les travaux, même celui de bonne pour qu’il en soit ainsi ».
 

Son heure de gloire a sonné en juin 1965 : en ce mois-là, cette année-là, j’ai obtenu le deuxième baccalauréat et ma sœur a obtenu son Bepc. Ma mère était fière, fière et heureuse. Cette réussite était d’autant plus importante pour nous que, grâce au sésame qu’était le baccalauréat, je pouvais entrer à l’université. J’allais même bénéficier d’une bourse de vingt-cinq mille francs par mois. J’ai tout de suite aimé ce que j’étudiais et je me suis plongé dans les textes afin de découvrir l’intelligence du monde.


Parallèlement, nous nous organisions pour pénétrer les mouvements syndicaux afin de faire avancer la cause de la démocratie. D’ailleurs en mai 1969, nous avons déclenché avec nos amis représentant les lycées-dont Dacoury Tabley Philippe-Henri-un important mouvement de grève : nous voulions la liberté.
 

J’ai dit que nous étions de famille pauvre. La « vieille », c’est ainsi que je nommais affectueusement maman, travaillait. Mais, pour pouvoir nous envoyer à l’école, ma sœur et moi, elle travaillait deux fois plus : chaque année, elle faisait deux rizières au lieu d’une, une rizière pour les besoins de la maison et une rizière dont elle vendait le produit aux commerçantes Dioulas, ce qui lui permettait d’acheter cahiers et habits dans la ville voisine de Gagnoa.
 

Les livres nous étaient fournis gratuitement par l’administration coloniale, à charge pour chaque élève de tous les restituer et en bon état à la fin de l’année scolaire pour qu’ils servent à nos successeurs. Ainsi, les enfants des riches et les enfants des pauvres se trouvaient-ils à égalité. C’est ce modèle-là que j’ai voulu reproduire et développer quand je suis devenu Chef d’Etat et c’est en m’inspirant de ce que j’avais connu que j’ai lancé le mot d’ordre « Ecole gratuite pour tous », parce qu’il est pour moi évident que les enfants de ce pays doivent être absolument égaux devant l’instruction. Quant à mon père - dont maman avait divorcé en 1950 lorsque j’avais cinq ans -  il était devenu de retour de la guerre, agent de police. Je dois vous dire que bien qu’issus de milieux simples, ma mère et mon père avaient une conscience politique poussée : l’un et l’autre – ainsi que tous les oncles maternels - étaient inscrits à la Sfio dont ils avaient pris la carte très jeunes. C’est aussi cette conscience politique qui explique en quelle haute estime ils ont tenu l’éducation.
 

Cher Sangaré,
 

Te rappelles-tu que je te disais que mon père avait joué dans ma vie un rôle de Chef d’Etat et ma mère un rôle de Premier ministre ? Mon père et ma mère avaient de hautes ambitions pour moi. Mon père a toujours souhaité que j’aille le plus haut possible, mais c’est ma mère qui aura tout fait en me donnant par son amour, la force d’avancer et par son travail, les moyens d’avancer. Sans elle, je n’aurais pas pu aller à l’école.
 

J’étais si fier, lorsque à la Noël 1965, j’ai pu donner à ma mère, mes premières économies : je lui rendais un peu ce qu’elle m’avait donné. Dis lui, s’il te plaît, de reposer en paix. Dis lui de veiller sur moi, sur ma sœur, sur nos enfants, sur les enfants de mon père qu’elle a élevés, sur tous les enfants de sa région et sur tous les enfants de Côte d’Ivoire.
 

Laurent Gbagbo."

 


(Source de la transcription : "Le Temps")


 

Message de Laurent Gbagbo à l'intention des militants du Front Populaire Ivoirien.

Transmis le 5 décembre 2014 au Directeur de campagne Adou Assoa
Lu le 6 décembre par Justin Koua


Version publiée par Le Nouveau courrier n° 1168 du 8 déc. 2014

Nous avons devant nous un congrès important. J'ai décidé, à la suite de la demande de plusieurs fédérations du parti, de présenter ma candidature à la présidence du Front Populaire Ivoirien. J'ai expliqué les raisons dans le document que je vous ai envoyé et qui a été publié dans la presse ivoirienne. L'arrivée de ce document à Abidjan a provoqué des mouvements divers. Mais gardons la tête froide. Pourquoi après avoir quitté la direction du parti en 2001 et avoir proposé la candidature d'Affi N'guessan, je reviens 13 ans après ?
C'est là une véritable interrogation et c'est là-dessus que doivent porter toutes les analyses et toutes les réflexions. Il y a aujourd'hui au moins deux lignes.
1- Plusieurs centaines de personnes sont emprisonnées à l'étranger et en Côte d'Ivoire. Les maisons et plantations de certaines personnes sont confisquées par des dirigeants du RDR et des hommes en armes. Des comptes en banques sont gelés. Certaines personnes sont interdites de sortir du territoire. Beaucoup de nos compatriotes sont en exil. Devant un tel tableau, l'attitude du Fpi doit être la lutte pacifique. Ce fut l'attitude du Pdci-Rda en 1945 et 1951. Ce fut l'attitude du Fpi de 1982 à 2000.
2- L'autre ligne consiste à s'aplatir et à se soumettre sous prétexte que la soumission peut adoucir les cœurs de ceux qui sont en face de nous. Une telle attitude n'a jamais payé dans le monde. C'est se tromper que de penser que ce chemin-là peut amener la libération des prisonniers, le retour massif des exilés, la levée du gel des comptes bancaires, la restitution des maisons et des plantations à leurs propriétaires. Entre ces deux lignes, il faut choisir. Et la ligne de démarcation aujourd'hui au sein du Fpi sépare ces deux lignes.
Au lieu d'engager les débats sur cette question de fond, certains camarades et leurs alliés cherchent à nous distraire en évoquant des faits irréels et risibles. Je ne serais pas l'auteur du document présentant ma candidature. Dans le monde moderne, un acte notarié mérite certains égards. Et même quand on a des doutes à propos d'un tel acte, il y a des procédures. Le notaire a son nom et son adresse sur l'acte. Par conséquent, les contestataires peuvent déposer plainte aux Pays bas et le droit sera dit. D'autres questions ont été soulevées. Mais à mon âge et dans ma position, je ne répondrai pas à ces points-là.

 

Camarades, prenons courage, gardons le regard rivé sur l'horizon.
 

Haut les cœurs,
la liberté vaincra
Laurent Gbagbo


 

 

Le Président Laurent Gbagbo confirme sa candidature à la présidence du Front Populaire Ivoirien dans une lettre en date du 25 novembre 2014 certifiée par notaire.

Source principale du texte : Notre Voie.

 

Camarade Affi N’Guessan, Président du Front populaire ivoirien ;
Camarades membres du Comité de contrôle ;
Camarades membres du Comité central ;
Camarades membres des sections et des Comités de base ;
Camarades militants,

 

Depuis sa création en 1982, le Fpi a toujours été à la pointe du combat pour la démocratie en Côte d’Ivoire. Ii ne pouvait être crédible et ne peut toujours être crédible dans son rôle d’avant-garde du peuple ivoirien que s’il est lui-même soumis à des règles démocratiques, strictement appliquées.
En tant que secrétaire Général puis Président du parti de 1988 à 2000, j’ai toujours scrupuleusement veillé à ce que la voix de chaque membre du parti puisse se faire entendre et à ce que la ligne arrêtée par les instances irigeantes reflète fidèlement les désirs des militants et des sympathisants. Le parti n’a de légitimité que s’il est l’expression vivante des aspirations du peuple ivoirien.
Aujourd’hui, il m’est demandé de me porter candidat à la présidence du parti. J’accepte de répondre favorablement à cette demande.
Je l’accepte parce que notre pays est en grand péril. Tout ce que nous avons construit tout au long des années depuis l’indépendance est menacé. Les institutions étatiques sont bafouées. L’État de droit n’est plus qu’une coquille vide. Les règles, la Loi sont volontairement ignorées. L’égoïsme individuel et communautaire a remplacé le sens de l’intérêt général.
Il faut donc un parti fort qui port qui porte haut le flambeau de la démocratie. Un parti qui par son action permettre de préserver l’essentiel de ce qui nous unit et donne à tous les ivoiriens un véritable espoir dans le futur du pays. Je crois que notre pays surmontera cette terrible épreuve qu’on lui impose. Je crois que la côte d’ivoire a un avenir. Je crois que cet avenir doit être écrit par tous, sans distinction d’origine, de religion ou d’opinion.
Pour porter cette espérance, pour permettre à notre pays de se reconstruire, il faut un parti qui incarne la réconciliation, qui transcende des clivages anciens. Ce parti, c’est le Fpi.
Ce parti doit être solide parce qu’il doit constituer une alternative crédible au règne de la force. Pour être solide, le parti doit être uni.
La Côte d’Ivoire a toujours eu besoin et a besoin d’un Fpi fort, rassemblé et uni.

 

C’est parce que le Fpi était uni et rassemblé et que par conséquent il constituait un pôle de stabilité que la Côte d’Ivoire a pu en 1990, sans grand dommage, passer du parti unique au pluralisme politique.
 

C’est parce que le Fpi était uni et rassemblé que la Côte d’Ivoire a pu gérer, sans grand dommage, l’épreuve de la disparition d’Houphouët-Boigny, premier chef d’État de Côte d’Ivoire.
 

C’est parce que le Fpi était uni et rassemblé que la Côte d’Ivoire a pu passer outre, en évitant une crise terrible, les premiers arrestations massives de l’ère multi-partisane en février 1992 puis la crise du boycott actif en 1995.
 

C’est parce que le Fpi était uni et rassemblé que la Côte d’Ivoire a pu surmonter les effets néfastes du premier coup d’État de son Histoire, en décembre 1999.
 

C’est parce que le Fpi était uni et rassemblé que la Côte d’Ivoire a pu connaître la première alternative politique de son Histoire en 2000…
 

Chers Camarades, c’est cette solidité que nos adversaires ont voulu briser en nous menant une guerre physique pendant une décennie (septembre 2002-avril 2011).
 

C’est aussi parce le Fpi était uni et tous ses militants assemblés que le pays a pu échapper aux conséquences du traquenard que constituaient les accords de Marcoussis en janvier 2003.
 

C’est pour affaiblir le parti, le fragiliser, remettre en question son unité que nombreux sont aujourd’hui ceux qui sont pourchassés, persécutés, emprisonnés.
 

Le combat pour la démocratie et contre l’injustice, nous le menons, vous et moi, depuis près de 40 ans. Nous en avons payé le prix et nous continuons à en payer le prix. Nous sommes devenus les symboles de la lutte contre l’oppression, l’oppression coloniale mais aussi l’oppression de la violence, l’oppression des archaïsmes en tous genres qui sont autant de freins au développement de l’Afrique.
 

Aujourd’hui, il faut refaire l’unité du parti, il faut le rassembler, Il faut le remobiliser. Il faut faire en sorte que le parti ne prenne pas des impasses pour des autoroutes. Il faut jouer collectif.
 

Chers camarades, voilà ce que signifie l’appel que les fédérations m’ont lancé.
 

Je réponds présent. J’accepte d’être candidat à la présidence du Front populaire ivoirien.
 

Le désirerais-je, je ne pourrais pas échapper à mes responsabilités : si l’on m’appelle, je dois répondre.
 

Je le dois d’autant plus que le Fpi subit les assauts de ceux qui veulent préserver leur mainmise sur le pays, de tous ceux qui tentent d’étouffer l’expression démocratique populaire.
 

Je conçois donc que devant ces périls et à un moment si crucial pour l’avenir du pays, les camarades des fédérations aient décidé de faire appel à moi.
 

Vous comprendrez néanmoins que dans les circonstances actuelles je ne puisse prétendre gérer le parti comme je l’ai fait dans le passé. c’est pourquoi en vue de cette élection au congrès prochain, je désigne le docteur Assoa Adou comme directeur de campagne.
 

Il ne s’agit pas ici seulement d’un combat politique mais aussi d’un combat moral : entre la liberté et l’oppression, nous devons choisir. Et nous devons choisir l’action pacifique avec pour seul objectif la réconciliation et le bien-être de tous.
 

Haut les cœurs camarades, la liberté vaincra.
 

Fait à La Haye
Le 25 novembre 2014
Laurent Gbagbo

 


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