CPI - Les observations de l'équipe de Défense de Laurent Gbagbo sur

le mémoire remis par la Procureure

 

 

 

 

 

 
L'Association des Amis de Laurent GBAGBO
 
regroupe des personnes de toutes origines et sensibilités
souhaitant faire connaître la personnalité et l'oeuvre de Laurent GBAGBO
 

 

L'onde de choc qui a fait suite au dénouement violent de la crise postélectorale de 2010 en Côte d'Ivoire et le transfèrement tout aussi inattendu du Président Laurent GBAGBO à la Haye ont suscité une vague d'émotion qui s'est exprimée à travers de vives protestations en Côte d'Ivoire, en Afrique et quasiment partout dans le monde. Cela a donné lieu à des initiatives nombreuses et variées d'amis et d'associations patriotiques ou panafricaines.

Tous ceux qui se reconnaissent dans les idées et l'action de Laurent GBAGBO se sont organisés pour réclamer sa mise en liberté. Scandalisés par l'image sordide et volontairement haineuse véhiculée à son encontre, mais aussi par la négation éhontée et caricaturale des efforts inlassables qu'il a déployés pour maintenir la paix dans son pays dix années durant, ils ont décidé de mutualiser leur volonté d'agir pour faire découvrir ou redécouvrir l'homme, l'intellectuel et le dirigeant politique.

Cette volonté a donné naissance à l'Association des amis de Laurent GBAGBO. Elle se propose de sensibiliser l'opinion publique partout dans le monde sur le caractère injuste et infamant des accusations portées contre sa personne et de rétablir la réalité des faits sur son oeuvre, mais aussi sur son rôle, pour aboutir à sa réhabilitation par-delà sa libération.

Un examen, même rapide, de son action politique montre que rien n'a jamais été assez cher pour Laurent GBAGBO lorsqu'il s'est agi de faire triompher par la voie démocratique le respect de la pluralité des opinions dans son pays. De la même façon, rien n'a été trop cher à cet humaniste de conviction quand il s'est agi d'associer les Ivoiriens de toutes origines à la construction d'un destin national commun. Visionnaire dans une Afrique qu'il souhaite ne plus être, pour le monde, une simple variable d'ajustement politique et économique, il a proposé une intense coopération à l'échelle du continent pour intégrer les économies et accélérer l'émergence d'une identité africaine qui manque aujourd'hui.

L'Association, par la voix de son bureau, de son comité d'honneur et de l'ensemble de ses adhérents, agit pour que soit rétablie la vérité sur la personnalité et sur l'oeuvre de Laurent GBAGBO, fort éloignée de l'image qu'on a désespérément tenté d'imposer.

Au regard de ce qui précède, il est évident que la place de Laurent GBAGBO n'est pas à la Cour Pénale Internationale. Le maintenir en détention comme c'est actuellement le cas demeure le plus sûr moyen de faire obstacle à la réconciliation en Côte d'Ivoire. Celle-ci ne peut en effet se construire que sur la confiance mutuelle.

Laurent GBAGBO est sans doute la chance de la Côte d'Ivoire actuelle, mais aussi de l'Afrique. Pourquoi ? Parce qu'à l'évidence il semble être le seul anticonformiste qui croit à un apport typiquement africain dans ce monde qui s'interroge sur son futur.

Dès lors, atteindre nos objectifs, à savoir sa libération et sa réhabilitation, contribuera à défendre les idéaux de dignité humaine et de vérité.

 

Raphaël DAGBO
Président de l'Association des amis de Laurent GBAGBO

 

 
 

Adhérer à l'Association des Amis de Laurent Gbagbo

 
 
 
Fille de l'écrivain et homme politique Bernard Dadié, Christine Binlin-Dadié est elle-même écrivain, auteure de "En l'Afrique combattante j'y crois" (Editions Clé).
Dans une interview réalisée par Philip Kla, Christine Dadié donne son sentiment sur la situation politique en Côte d'Ivoire, sur les relations entre les pays d'Afrique et l'Occident - qu'elle replace dans une perspective historique -, ainsi que sur la détention-déportation du Président Laurent Gbagbo à La Haye et l'emprisonnement de Simone Gbagbo à Abidjan.
 
Extraits
 
A l’image de votre père Bernard Binlin Dadié, vous êtes écrivaine, auteure d’une œuvre. Comment vous est venue l’inspiration ? Est-ce pour faire comme votre père?
J’ai toujours été dans les pas de mon père parce qu’il m’a vite fait comprendre qu’il est important de connaître son histoire, l’histoire de l’Afrique. Connaître son histoire permet de se connaître soi-même, de s’affirmer parce qu’il revient à chacun de se définir et de dire qui il est et non aux autres de le faire. D’ailleurs, un proverbe africain dit à propos : « tant que les lions n’auront pas leur propre historien, le chasseur pourra raconter ce qu’il a bien l’envie de dire ». Pour dire qu’il revient à nous-mêmes, les Africains, de puiser dans notre propre histoire et nous intéresser à notre propre histoire pour nous définir. C’est très important. En un mot, nous devons nous affirmer.
 
Est-ce cette volonté d’affirmation qui vous a poussé à intituler votre ouvrage « En l’Afrique combattante, j’y crois »?
Bien évidemment, c’est l’affirmation de soi qui m’a poussée à écrire ce livre. Sinon, cela fait longtemps que j’écris, mais ces écrits n’étaient jusque-là pas publiés. Je pense qu’il est maintenant temps de partager ma vision à travers mes écrits. C’est en 2011 que j’ai décidé de sortir ma vision de l’Afrique.
 
Quelle est cette vision ?
C’est la réelle Afrique. Voyez, c’est grave que jusqu’à ce jour la majorité des peuples d’Afrique ne savent même pas que nous ne sommes pas des Africains. Le mot Afrique, c’est l’Occident qui l’a nommé ainsi. Est-ce la volonté des Africains de voir leur continent baptiser Afrique ? Ce sont les Européens qui nous ont donnés ce nom. Il est donc maintenant temps que les historiens, les géographes se mettent ensemble pour créer une carte géographique du monde en nommant ce continent-là selon le désir de ceux qu’on appelle Africains.
(...)
 
Les panafricanistes, vous indexez toujours l’Occident d’être à l’origine des maux de l’Afrique. N’est-ce pas trop facile de rejeter toujours la faute aux autres ?
Si l’Occident a fait ce qu’il a fait en Afrique, c’est avec le consentement des Africains eux-mêmes, surtout l’Afrique francophone. Et cela, je l’ai dénoncé dans deux de mes poèmes. Le problème de ce continent qu’on appelle l’Afrique vient des Africains eux-mêmes. Je ne suis pas contre l’Occident où je compte beaucoup d’amis d’ailleurs, car le niveau que j’ai aujourd’hui, je le dois aux Européens qui m’ont boostée en me demandant de ne pas taire tous ces maux. Ce sont des frères Blancs qui m’ont dit qu’il faut que je me fasse entendre. L’homme blanc n’est donc pas mon ennemi. Je ne suis donc pas contre les Européens, mais contre un groupe d’Européens prédateurs qui en veulent à l’Afrique. Il faut donc pouvoir faire la différence.
(...)
 
De quel côté vous situez-vous idéologiquement, de la gauche comme votre père ?
Je suis parfaitement de la gauche. Je n’ai pas à me cacher. Oui, j’épouse le même combat que mon père, à 100% et j’en suis fière.
 
Quel est ce combat ?
C’est la souveraineté de la Côte d’Ivoire, le respect et la dignité de l’Afrique. Mon père se bat pour le respect de l’Afrique et j’épouse son combat. Cela ne date d’ailleurs pas d’aujourd’hui, mais depuis le sein de ma mère.
 
Ce combat n’est-il pas porté par les dirigeants actuels ?
Le gouvernement actuel n’est pas mon problème. Mon problème, c’est de réveiller les consciences, de faire en sorte que chacun de nous comprenne qu’il est important de connaître son histoire, ce qui nous donne le courage de nous réaliser. Ainsi, personne ne viendra te dire ce que tu dois être.
 
Je vous ai dit tantôt que je suis de la gauche. Le gouvernement actuel dont vous parlez, avec qui se sont-ils battus ? Avec les descendants des colons. C’est la France qui était au devant de tout cela. Tout le monde le sait. Alors, moi, je ne peux pas m’associer à des colonisateurs pour détruire mon peuple, pour tuer mon peuple.
 
L’ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo, dont vous semblez proche est détenu depuis le 11 avril 2011 à la Haye. Que vous inspire son cas ?
Ils ont emmené le président Laurent Gbagbo à la Haye, au pays des colons. Il faut qu’on se souvienne de Berlin, ce festin de brigands où l’Afrique a été vue comme un gâteau. Le président Laurent Gbagbo n’est pas en prison parce que son esprit est libre, c’est sa chair qui a été emprisonnée et non son esprit. Les racines du président Laurent Gbagbo, pour paraphraser Toussaint Louverture, sont nombreuses. Il y a moi et tous ceux qui sont pour la souveraineté de l’Afrique et particulièrement de la Côte d’Ivoire. Ce n’est donc pas le fait de mettre le président Laurent Gbagbo qui va faire que ce combat va s’arrêter. Je crois que le président Laurent Gbagbo va être libéré parce que je sais qu’il n’a rien fait.
 
Et quel est votre avis sur la détention de Simone Gbagbo ?
J’ai une grande déception par rapport au PDCI. Je me donne le droit de dire ce que je pense parce que mes deux grands-pères eux aussi ont bâti ce parti. Je trouve dommage que le PDCI ne réagisse pas par rapport à tout ce qui se passe. Il faut qu’ils prennent leur responsabilité, ce n’est pas normal que des gens restent jusqu’aujourd’hui en prison sans être jugés et pire, dans les conditions vraiment inhumaines. Les prisons d’Afrique, c’est l’enfer, les geôles de Lucifer contrairement à l’Occident. Ce n’est pas normal. Les politiciens africains sont inhumains. Et je ne trouve pas normal que le PDCI ne dise rien par rapport à tout ça.
(...)
 
‘’En l’Afrique j’y crois’’, à quoi doit-on s’attendre après la sortie de cette œuvre ?
Je pense qu’aujourd’hui, il va falloir qu’on prenne notre destin en main et que nous ayons nous-mêmes une vision de l’Afrique, une vision de notre pays. Il faut qu’on arrête de toujours demander : « qu’est-ce que la France pense de ça, qu’est-ce qu’on doit faire ? ». Nous ne sommes pas des enfants. Il n’appartient pas à la France de nous dicter ce que nous devons faire dans notre pays. Nous existons avant la France, nous sommes le berceau de l’humanité, mais seulement notre histoire a été enfouie dans les profondeurs de l’enfer, et ils ont élevé leur histoire à eux. Dans les écoles, on nous parle de Napoléon, Marie-Antoinette, Louis XIV et autres, mais est-ce que cela nous concerne vraiment parce que nous avons aussi nos grands hommes. Pourquoi on enseigne encore toutes ces choses encore dans nos écoles pendant qu’en Jamaïque cela ne se fait pas pour les britanniques. Il va donc falloir ce réveil-là pour que l’Afrique arrête de demander à l’Élysée ce qu’elle doit faire avant d’agir. C’est une honte et il faut que cela s’arrête. Et ce temps-là est arrivé, et le temps de la colonisation va prendre fin par une jeunesse nouvelle, une conscience nouvelle qui connaît son histoire et qui est capable de se mettre devant un Occidental et lui dire « voilà ce que je suis », et je voudrais qu’on ait un partenariat de respect.
 
Lire l'interview complète sur Linfodrome, 21 mai 2018.
L'interview a été publiée sur Le Nouveau Courrier du 23 mai 2018
 
Montage-vidéo de quelques extraits :

 

 

Vidéo mise en ligne par Linfodrome le 21 mai 2018
Durée : 6:03 mn

 

 

 

 

 

 

 


Invité par le Front Populaire Ivoirien à des Journées de réflexion organisées à Paris les 19 et 20 mai 2018, le Parti Communiste Français a, par la voix de son représentant David Allaert, délivré un message de soutien au peuple ivoirien victime de la répression sous le régime d'Alassane Ouattara.
Il a également dénoncé l'instrumentalisation de la CPI à des fins politiques et le maintien de Laurent Gbagbo en détention provisoire au-delà de toute durée acceptable au regard des standards internationaux.
 

Expression du PCF pour les Journées de la diaspora Ivoirienne

Paris, le 19 mai 2018

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis et Camarades,

 

Merci de me donner la parole à votre manifestation. Je me présente : je m’appelle David Allaert membre du collectif Afrique du Parti Communiste Français. J’ai été candidat aux dernières législatives pour le PCF en Seine-et-Marne et exerce des responsabilités de secrétaire de section. Je suis également cheminot et exerce des responsabilités syndicales à cet égard. J'en profite d'ailleurs pour rappeler l'importance de la lutte et du besoin de solidarité des cheminots en France pour la défense du service public et contre la tentative de démanteler le service public ferroviaire et de le privatiser.

 

Depuis 2002 la Côte d’Ivoire vit les conséquences d’un coup d’État préparé avec des complicités étrangères qui a eu pour résultat des millions de réfugiés et de déplacés et une guerre civile avec des milliers de victimes.

L’actuel chef de l’État, Alassane Ouattara a été mis en place en 2011 par les chars français à l’issue d’une élection dont rien ne permet de dire qu’il l’ait gagné et cela au détriment d’un recomptage des voix ou d’une reprise des élections. Depuis, la Côte d’Ivoire traverse, malgré la fin des hostilités militaires, une période de régression du point de vue des libertés. Elle vit également de graves reculs sociaux et de souveraineté.

Des centaines de prisonniers d’opinion croupissent dans ses geôles dans des conditions, pour beaucoup d’entre eux, qui ne respectent aucun de leurs droits et sans être jugés voire en subissant de la torture. Certains d’ailleurs en sont morts comme mon camarade syndicaliste Mahan Gahé. Ceux qui ont été jugés l’ont été à l’issue de procédures ubuesques comme le dirigeant historique du FPI Assoa Adou. Pour d’autres, comme Simone Gbagbo les juges ont été dans l’incapacité d’étayer les accusations de crimes contre l’Humanité. Ils ont quand même été condamnés à des peines pour « atteinte à la sûreté de l’État » dans la pure tradition des dictatures. D’autres encore comme Samba David, leader des Indignés, ont été condamnés de manière inique à des peines de prison, les ont purgées mais restent emprisonnés ! La situation est tellement grave qu’en Côte d’Ivoire même le corps préfectoral s’est exprimé en faveur d’une libération des prisonniers issue de la crise post-électorale qui représentent une partie des prisonniers d’opinion. Comme le Parti Communiste Français l’a exprimé à de nombreuses reprises, il est plus que temps de libérer tous les prisonniers d’opinion.

A la CPI, dont Mediapart a d’ailleurs révélé qu’elle a été saisie suite à des manœuvres de Sarkozy et d’Ouattara, les procédures durent depuis sept ans contre l’ancien Président Laurent Gbagbo et l’ancien ministre Blé Goudé sans qu’aucun témoin à charge n’étaye en quoi que ce soit les chefs d’inculpation de crime contre l’Humanité à l’égard des accusés.

Permettez-moi juste une précision à ce sujet. Il ne s’agit pas de dire qu’il n’y ait pas eu d’atrocités commises par l’un ou l’autre protagoniste de cette guerre civile. Il n’y a pas de guerre civile qui n'entraîne de crimes. Mais force est de constater comme le font d’ailleurs de plus en plus de voix à l’intérieur de la CPI, dont le juge principal Tarfusser, l’extrême faiblesse par rapport aux chefs d’inculpation de crime contre l’Humanité. Rien ne vient étayer l'accusation. Tout montre l'absence de prétendu "plan politique" orchestré de violences post électorales. Aucun des témoins à charge n'a apporté le moindre élément, à tel point que ce procès est en train de tourner au fiasco judiciaire. Car il est évident que le transfert de Laurent Gbagbo à la CPI a été organisé à des fins politiques, par ceux qui avaient organisé les déstabilisations, militaires, économiques et institutionnelles. Ce qui s'apparente à une instrumentalisation de la CPI est lourd de conséquences, y compris pour l'avenir même de cette Cour de justice. Du point de vue des droits individuels, et de toutes les normes juridiques, dont celle de la Cour de justice de l’Union européenne, il est incompréhensible que la détention préventive dure depuis sept ans sans qu’aucune solution de libération conditionnelle ne soit trouvée. Ces principes sont universels et doivent s’appliquer partout, surtout par une Cour qui se veut le principal défenseur de cette universalité.

Parallèlement, des faits aussi graves que le massacre de Duékoué notamment n’ont jamais connu de traitement judiciaire, ni en Côte d’Ivoire, ni au niveau international. Les auteurs présumés de ces atrocités qui étaient sous l’autorité d’Alassane Ouattara sont non seulement en liberté mais aussi promus dans l’appareil d’État. Sa responsabilité et celle de ses lieutenants est engagée dans ce crime odieux, de loin le plus grave dans cette crise postélectorale et même depuis les massacres intervenus dans la crise du Guébié en 1970.

Plutôt que de continuer la justice des vainqueurs, il faudrait créer les conditions pour que soit mise en place une justice transitionnelle comme cela a été le cas au Ghana, au Nigéria, au Libéria, en Sierra Leone, au Pérou, en Yougoslavie, au Guatemala et en Tunisie par exemple. Cette justice transitionnelle se définit par les divers processus et mécanismes, tant judiciaires que non judiciaires, mis en œuvre par une société pour tenter de faire face à des exactions massives commises dans le passé, en vue d’établir les responsabilités, de rendre la justice et de permettre la réconciliation.

Loin d’emprunter cette voie, Ouattara et ses alliés s’acharnent sur les plus faibles en menant une politique ultra-libérale. Ainsi, la pauvreté progresse, la presse est réprimée, les manifestations interdites et les manifestants arrêtés. Les habitants voient leur habitations détruites dans l’illégalité la plus complète comme à Cocody Danga au bénéfice de la spéculation immobilière et des pontes du régime qui ne veulent pas vivre à côté de pauvres et préfèrent l’entre-soi. Même sur les réseaux sociaux le régime étend ses tentacules liberticides en faisant voter une loi pour pouvoir mettre en prison ceux qui s’y rendraient coupables de propos oppositionnels ! Le régime maintient une Commission Electorale Indépendante, qui n’est indépendante que de nom et qui a été condamnée par la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples. Il instaure aussi un Sénat qui sera « entre de bonnes mains » puisqu’un tiers de ses membres sera nommé par le Président de la République !

L’ensemble de cette situation entraîne le maintien à l'étranger de très nombreux réfugiés dont le plus grand nombre est au Ghana et au Liberia dans des conditions de plus en plus déplorables, et l’explosion du nombre de migrants ivoiriens. Leur retour ne pourra se faire que dans le cadre d’une véritable réconciliation, d’un respect des libertés fondamentales et d’une amélioration de la situation sociale.

Loin d’agir en ce sens, Ouattara et ses vieux complices des cercles du pouvoir français s’échinent à perpétuer le vieux système françafricain à grand renfort de marchés de gré à gré, d’utilisation de l’Agence Française de Développement comme moyen d’assurer des marchés aux grandes entreprises françaises et de projets très onéreux comme le tram-train loin des priorités des populations en matière de transports du quotidien et réalisé, comme par hasard, par Bouygues. Il tente également avec la complicité du pouvoir français de sauvegarder le franc CFA et même de l’étendre à d’autres pays en se livrant à des manœuvres dilatoires qui ne visent qu’à relâcher la pression. Nous pensons au contraire comme la Sénatrice communiste française Christine Prunaud, qui a interpellé le ministre de l’économie à ce sujet, qu’il faut remédier à cette situation issue d’une période révolue.

Nous pensons également qu’il faut profondément remanier les systèmes de sécurité dans le monde. Les actuels accords de défense avec les pays africains, dont la Côte d’Ivoire, appliqués à géométrie variable au seul bénéfice de l’ancienne puissance coloniale doivent être dénoncés. Les peuples africains ne doivent pas être les pions de politiques de puissances militaires quelle qu’elles soient. Nous le disons pour la Côte d’Ivoire et les pays sous influence française mais aussi pour d’autres pays africains comme le Ghana qui sous pression de l’incendiaire Trump a ratifié un accord militaire qui donne aux Etats-Unis le droit de déployer des soldats et du matériel militaire à leur guise au grand dam de l’opposition de gauche et de l’ancien président Jerry Rawlings !

Notre vision du monde est à l’opposé de ces visions guerrières qui favorisent dans le contexte de crise du capitalisme financier, le développement de la pauvreté et des régimes ploutocratiques autoritaires et qui ne peuvent qu’amener le développement des conflits et de l’hydre terroriste.

Notre projet est en faveur de l’extension des logiques solidaires comme la mise en place d’assurances santé universels financées de manière pérenne, et j’en profite pour saluer l’ancienne ministre Clotilde Ohouochi qui est dans la salle. Elle est en faveur de mesures qui protègent les agriculteurs locaux, comme celles qui avait été mises en place en 2005 par le ministre FPI Alphonse Douati, qui ont permis de multiplier par quatre la production de poulets ivoiriens et d’échapper aux poulets aux hormones européens et français notamment. Il est à noter que les Accords de Partenariat Economique avec l'Union européenne, qui visent à baisser les normes et accélérer le libre-échange au profit de la loi du plus fort, rendent impossible ce genre de mesure et qu’Alphonse Douati a chèrement payé son engagement puisqu’il est l’un des nombreux prisonniers d’opinion du régime ivoirien.

Ce sont donc des combats communs que nous pouvons mener et c’est sur cette note d’un internationalisme visant à réaliser des intérêts réciproques que je souhaite terminer mon propos. Je vous transmets tous nos encouragements pour vos travaux et vos actions en faveur d'une Côte d'Ivoire qui reprenne le chemin de la souveraineté, du respect des droits humains et des libertés, et qui s'engage à nouveau sur la voie du progrès social, économique et environnemental.

 

 

 


Dans une longue adresse publiée en janvier 2018, l'ancien ministre du Budget Justin Katinan Koné, aujourd'hui en exil au Ghana, avait dénoncé le harcèlement politico-judiciaire dont il faisait l'objet de la part du régime de Ouattara.
 
Plus récemment, en mai 2018, l'ancien ministre a été incidemment mis au courant de l'existence d'une nouvelle demande d'extradition en date du 28 mars 2018 émanant du Procureur de Côte d'Ivoire Richard Adou. Il y est accusé de faits de déstabilisation, sur la base du témoignage d'un inconnu tenant lui-même des "informations" d'une autre personne... A cela il faut ajouter une visite nocturne de son domicile, avec fouille et pillage.
Cette fois-ci, Justin Katinan Koné a décidé de riposter en saisissant diverses instances internationales telles que le Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l'Homme, la Commission Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés.
En prenant ces initiatives et toutes autres allant dans le même sens, Justin Katinan Koné contribuera à alerter davantage ces organisations sur la situation faite aux opposants - en particulier les cadres du Front Populaire Ivoirien, mais pas seulement - à la fois en Côte d'Ivoire et dans les pays limithrophes qui les ont accueillis après le renversement du Président Laurent Gbagbo.
 
COMMUNIQUE DE PRESSE
[15 mai 2018]
"Le lundi 7 mai 2018, un ami, par ailleurs avocat au barreau du Ghana, m’a informé avoir eu connaissance, de façon incidente, de l’existence d’un autre mandat d’arrêt international émis par les autorités ivoiriennes contre moi et transmis aux autorités ghanéennes. Le même mandat a été également transmis aux autorités du Togo et du Bénin. Cet ami, par ses propres moyens, a réussi à avoir une copie dudit mandat d’arrêt international. Les bras m’en sont tombés après lecture de celui-ci.

Dans ce mandat d’arrêt, l’on m’inculpe pour des faits de déstabilisation allant de 2012 à 2017, sur la base des dires d’un certain Yedagn Louis Jacques alias Méité Souleymane. Ce dernier aurait dit, lors de son interpellation, qu’il aurait participé à une réunion au Ghana avec un pasteur nommé ZOUAME, exilé au Ghana ; qu’au cours de cette réunion, ce pasteur « révélait que KONE Katinan Justin donnait directement des instructions aux chefs de guerre du nord ».
 
Sur la base de cette information, le juge d’instruction, Kra Ndri, a émis un mandat d’arrêt international contre moi.
 
Comme l’on peut le constater, une personne, qui ne m’a jamais rencontré, dit avoir participé à une réunion, sans en préciser la date, à laquelle je ne participais pas, et qu’il aurait entendu, au cours de ladite réunion, une autre personne dont l’identité n’est même pas connue, du moins celle-ci se résume à une appellation (ZOUAME) sans que l’on ne sache s’il s’agit d’un nom, d’un prénom ou même d’un surnom, dire que j’aurais donné des instructions « aux chefs de guerre du Nord », sans que lesdits chefs de guerre, eux non plus, ne soient identifiés, et la nature des instructions, elle non plus ne soit précisée. Sur cette base et seulement celle-ci, un juge ivoirien a pu émettre un mandat d’arrêt international contre moi.
 
Mon ami m’a informé de ce que cet autre mandat est le troisième délivré contre moi et transmis aux autorités ghanéennes depuis le début de l’année 2018. Un premier mandat d’arrêt international, me concernant, a été remis aux autorités ghanéennes dès janvier 2018. Ce mandat reprenait à l’identique, à tout point de vue, celui émis en 2012 et qui avait justifié mon arrestation et mon procès pour extradition qui avait duré plus d’un an. Une telle affaire, définitivement jugée, ne peut en aucun cas être rappelée devant n’importe quelle juridiction ghanéenne.
 
Le second mandat reprenait, aux dires de mon ami avocat, mutatis mutandis, l’affaire dite de la BCEAO après le jugement rendu par le tribunal de première instance d’Abidjan. Ce jugement, ayant violé mes droits élémentaires en ce que je n’avais pas été informé de ma convocation devant cette instance, mes avocats à Abidjan y ont fait opposition. L’opposition bloquant les effets dudit jugement, c’est donc avec une grande surprise que j’apprends qu’un mandat a été émis contre moi sur la base de celui-ci.
 
Faut-il le rappeler, ce troisième mandat de l’année 2018 intervient tout juste quelques semaines après la visite nocturne, par un commando, de mon domicile qui a été fouillé de fond en comble et pillé. Les policiers ghanéens qui mènent l’enquête sur cette affaire, se fondant sur le mode opératoire utilisé par les visiteurs indélicats, soupçonnent une opération autre qu’un vol classique.
 
Depuis juin 2012, ce dernier mandat constitue le quatorzième des faits et actes posés à mon encontre et qui sont de nature à perturber ma vie en exil.
 
Pour moi, il ne fait l’ombre d’aucun doute, l’instrumentalisation de la justice de mon pays contre moi ne vise qu’une seule chose : attenter à ma vie pour des « motifs politiques », comme textuellement relevé par le juge ghanéen, dans sa décision du 30 Août 2013, pour motiver le rejet de la demande de mon extradition formulée par le gouvernement ivoirien.
 
Devant tant de persécutions, émanant d’actes graves de violation des droits de l’homme perpétrés contre moi, j’ai décidé de porter mon cas devant les instances internationales chargées de la protection des droits de l’homme en général, et ceux des réfugiés, en particulier. A cette fin, j’ai constitué maître Josette Kadji, avocate au barreau du Cameroun et domiciliée à Douala, à l’effet de mener, pour mon compte, les missions suivantes :

- 1er. Saisir le Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme (HCDH) à Genève pour l’interpeller sur les persécutions dont je suis victime de la part du gouvernement ivoirien pour des raisons politiques.

- 2ème. Porter la même affaire devant la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP) à Banjul (Gambie) et devant la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples à Arusha (Tanzanie).

- 3ème. Interpeller le HCR (Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés), notamment son département chargé de la protection des réfugiés, sur les nombreux cas de violation de mes droits, en tant que réfugié, pour des motifs politiques ; la décision de la justice ghanéenne du 30 Août 2013 faisant foi.

- 4ème. Entreprendre toutes les initiatives et approches, qu’elle jugera pertinentes, pour défendre la protection de mes droits de réfugié constamment violés par le gouvernement ivoirien pour les mêmes motifs politiques.
 
Mes requêtes à l’international sont sans préjudice du droit que je me réserve d’entreprendre des actions auprès des autorités ghanéennes pour leur exprimer mon ras-le-bol devant tant de persécution de la part du gouvernement ivoirien, laquelle persécution porte atteinte à mes droits de réfugié à la protection desquels elles se sont astreintes en m’accordant le statut de réfugié, comme l’a également relevé le juge ghanéen dans sa décision précitée.
Ayant été interdit de séjour, pour des raisons politiques, dans ma région natale de septembre 2002 à mars 2007 à cause de la rébellion créée par les tenants actuels du pouvoir, fui mon pays le 13 avril 2011 pour échapper à une mort certaine pour des raisons politiques, je n’entends point fuir le Ghana, mon pays d’accueil, pour les mêmes motifs politiques. Ce faisant, je ferais montre d’ingratitude vis-à-vis du gouvernement et du peuple ghanéens, qui n’ont jamais exprimé, sous quelque forme que ce soit, une hostilité collective et généralisée à l’égard des réfugiés ivoiriens qui vivent sur leur sol depuis plus de 7 ans. Mon pays, la Côte d’Ivoire, me manque, et je suis pressé d’y retourner, mais pas de manière forcée.
 
J’entends me battre pour mettre définitivement fin à cette politique de haine menée contre moi depuis plus d’une décennie. Trop, c’est trop."

Justin Katinan KONE
Ancien ministre
Porte-parole du Président Laurent GBAGBO
Vice-Président du FPI
Vice-Président de la Coordination du FPI en exil
 
 

 

 


A la Cour Pénale Internationale
 
L'équipe de la Défense du Président Laurent Gbagbo dirigée par Maître Altit vient, à son tour, de présenter ses observations sur le mémoire déposé par la Procureure.
 
Dans ce texte (en français) en date du 2 mai 2018, Me Altit présente de façon détaillée les raisons justifiant une procédure de "no case to answer" (requête aux fins d'acquittement sur une ou sur l'ensemble des charges) dont la plus évidente est la faiblesse du contenu du document remis par la Procureure.
De la même façon que les éléments qu'elle avait fournis initialement (en 2013) pour la confirmation des charges étaient si peu probants que la Chambre préliminaire lui avait demandé de fournir d'autres éléments de preuve, le mémoire présenté aujourd'hui montre la même insuffisance : absence d'expertises balistiques, non-authentification des documents, utilisation massive du ouï-dire, etc.
Sans compter le pivot de l'accusation, le présumé "plan commun" sur lequel la Procureure "n'a, de son propre aveu, aucune preuve directe", alors que "c'est le postulat de l'existence d'un plan commun qui fonde toutes les accusations et toute la thèse du Procureur".
 
 

 


A la Cour Pénale Internationale
 
Conformément à la demande de la Chambre de Première Instance I qui instruit le procès conjoint de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, l'équipe de la Défense de Charles Blé Goudé a déposé ses observations sur le mémoire remis par la Procureure Fatou Bensouda. Dans ce mémoire, la Procureure était censée démontrer en quoi chaque témoignage qu'elle avait produit venait appuyer les éléments de charges retenus.
 
Les observations de Maître Geert-Jan Alexander Knoops et Maître Claver N'Dry, avocats de Charles Blé Goudé, sur le document remis par la Procureure ont été diffusées le 25 avril 2018. Dans cette version (en anglais) ne figurent pas les extraits du mémoire ayant donné lieu à commentaire. Cependant l'élément essentiel est le choix formulé par Charles Blé Goudé, par la voix de ses avocats, de déposer une motion de "no case to answer", c'est à dire une requête aux fins d'acquittement.
 
 
 

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